GREAT THINGS ABOUT 90S SNOWBOARDING

D'autant que cette impression vient parfois de jeunes riders qui faisaient encore pipe à la culotte quand les Terje et autres Jamie se la donnaient déjà sur la planche à neige. Donc pas besoin d'être né avant 1980 pour aimer cette période de liberté, voire d'explosion du phénomène snow.

Et puis nous snowboarders, avons si longtemps ignoré notre histoire commune, sous prétexte que l'histoire c'est pour ceux qui vivent dans le passé, qu'il est grand temps que l'on remette cette histoire à sa juste place: celle du Panthéon du snow!

Voici donc une petite compilation des raisons qui ont rendu cette époque si particulière, et pour nous et tant d'autres, si inoubliable:

[part title="Terje Haakonsen"]

Terje Haakonsen fut bien sûr omniprésent (est toujours d'ailleurs) dans cette décennie où il a à peu près tout gagné. Ces années l'ont vu grandir, progresser, jusqu'à devenir le meilleur, et la principale voix du milieu quand le boycott des premiers JO du snow s'est manifesté à travers lui. Il a même commencé 'son' Arctic Challenge en 1999.

Subjekt Haakonsen (au-dessus)(1996) est encore aujourd'hui l'un des films les plus marquants de l'histoire du snow. Terje à inspiré une foultitude de riders avec sa tape, et a révélé quelques futures stars, comme Michi Albin ou Shaun White.

[part title="Tout à construire"]

Comment ne pas aimer un époque où tout est à construire, où l'imagination sans limite mène à la progression? Les parks ne ressemblaient pas à ceux d'aujourd'hui, et il n'était pas rare de sortir la pelle même en station pour se faire plaisir entre potes. Le premier 'vrai' snowpark ouvrit ses portes à Vail dans le Colorado en 1991 mais partout ailleurs, on se faisait ses modules soi-même la plupart du temps. Le vétéran du snow Todd Richards se rappelle comme il était difficile de se focaliser sur le freestyle à cette glorieuse époque:

Il fallait suer pour se faire ses jumps...On était toujours avec nos pelles à la main, à la recherche de spots. Et on savait que la moitié de notre taf, c'était de shaper.

...on est bien loin de notre époque où l'on se plaint parfois quand une remontée n'est pas spécifiquement attribuée au snowpark du coin. Maintenant les parks ressemblent à des rues et vice versa! Sans parler des monstres kickers shapés au laser, ou presque... D'ailleurs autre avantage: tous les spots de street étaient nouveaux, et on avait pas à calculer qui avait fait quoi sur quel spot.

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D'accord, il n'y a pas eu que des perles, loin de là. On peut même dire que la majorité des jeux de snow à travers les âges ont été de véritables bouses intersidérales. Mais au moins on pouvait avoir le prolongement de sa passion dans son salon, et encore une fois l'attrait venait de la nouveauté. On est passé de ça:

heavy shreddin'

À ça:

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Et c'est encore bien meilleur aujourd'hui. Mais tout a été imaginé déjà à l'époque, et c'est en cela qu'on peut en être nostalgique. La 3D n'en est qu'à ses débuts en matière de jeux vidéos, et on ne va pas tarder à y voir des progrès majeurs. Avis à tous les riders de salon! [part title="Shaun Palmer"]

Fouteur de merde ou pas, ce mec faisait le show et il était un vrai 'entertainer' à lui tout seul. Les cheveux colorés dans le snow, c'est lui qui a lancé le truc, par exemple. Shaun Palmer fut un compétiteur redoutable, pas toujours sympa avec ses collègues riders, mais son attitude 'anti-establishment' l'a rendu extrêment populaire malgré son côté très égocentrique.

Dans les années 90, Palmer était le centre de toutes les attentions, même s'il ne gagnait pas tous les contests auxquels il participait. Et il s'est quand même construit un palmarès de champion, notamment aux X Games: 4 médailles d'or les 3 premières années de l'event... 

Il a même reçu le prix USA Today du plus grand athlète du monde en 1999 Athlete - paye ta tête de gondole!

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[part title="L'explosion des vidéos"][splitpost intro="true"]

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Crois-le ou non, les vidéos étaient un produit rare et recherché à cette époque. Non pas qu'elles ne le sont plus aujourd'hui (recherchées) mais il est possible de voir le dernier edit cool très facilement. Et on ne vend/échange plus des vidéos sous le manteau, comme à cette glorieuse époque. Et puis tout le monde fait sa vidéo de nos jours, alors de là à dire qu'elles sont devenues monnaie courante...

Dans les années 90, la VHS était reine. Et tout ce qu'on pouvait voir de nos riders préférés en dehors des magazines, c'était leur part sur le dernier film à sortir au tant attendu mois de septembre.

Fall Line Films,  Standard Films et ses Totally Board series, Mack Dawg Productions, The Garden, la seule évocation de ces grandes productions de l'époque fait encore rêver aujourd'hui.

On voyait bien quelques dissidents déjà à cette époque, mais il faut bien dire que la grande majorité des riders, amateurs comme pros, étaient des gros fans du look baggy. On voyait déjà des chemises à carreaux chez les pros, mais pas encore de pants serrés. C'était même pas cool du tout car ça 'faisait skieur'...

Cardiel-90s
John Cardiel p. Bud Fawcett

Chris Moran de Whitelines se rappelle de cette époque:

Le jour où on a lâché nos couleurs fluos, on est passé directement à un mix étrange entre MC Hammer et le bûcheron du coin.

En vrai, le mélange des genres ira même plus loin, et on mélange un peu tout. John Cardiel a bien représenté cette époque par son style et son ride, et le magazine Thrasher a même fait un article sur cette tendance de mode:

thrasher 1992
"Snow Boys: le snow est un gros business et les tricks sont les mêmes qu'en skate. Checke le Stalefish d'Adam Merriman lors d'un summer camp à Mt. Hood. Le problème, c'est que ce sera toujours les 'rich kids' qui iront en montagne. Espérons juste qu'il y ait de plus en plus de riches dans les années à venir, car on voit de plus en plus de kids sur ses planches à glisser sur la neige".

On pense ce que l'on veut du punk rock des années 90, mais si son influence perdure encore aujourd'hui dans notre milieu, c'est bien qu'il y a une raison: les deux univers n'ont cessé de s'imbriquer. OK, le snow fait bien une apparition dans un célèbre clip de hip-hop en 1995 (Feel Me Flow de Naughty By Nature, pour être exact) et le rap est pour beaucoup LE son du snowboard, mais tout de même, les racine punk rock de notre sport sont indéniables.

Le hip hop ET le punk rock ont participé à la médiatisation du snow, et ont aussi profité des budgets qui coulaient à flots à l'époque, tout comme le Ballantines, sponsor officiel du tour pro... C'était quand le halfpipe passait sur MTV!

Sur le blog Illicit Snowboarding on peut lire qu'il existe un art de 'faire chier son prochain'. Aujourd'hui il s'agit plus de faire son truc perso, et si ça ennuie un relou, ben tant pis pour lui. Mais avant, l'art de mettre le waï consistait en une attitude beaucoup proactive...

Cela contribuait au 'fun' général. Peut-être parce que notre sport lui-même en était à son âge adolescent. Et une attitude il faut le dire beaucoup plus punk, où l'on aimait à dire au monde: 'fuck you'!

D'ailleurs, en écrivant ce post, nous sommes tombés sur une vieille lettre ouverte parue dans Flakezine en 1995. 19 plus tard, on est encore dans le sujet, et on ne pouvait ne pas vous le faire partager:

"Va te faire FISter"

"Crois-le ou non, les mongoliens séniles de la puissante Fédération Internationale du Ski croient qu'ils ont le droit de décider qui va gouverner le snowboard sur le plan national et international. Aucun d'entre eux (et surtout pas Hanno Treindl, responsable du snow à la FIS) ne se soucie vraiment de ce que la majorité des snowboarders veulent pour leur sport. La FIS ne se préoccupe que de son "système d'administration du sport". C'est une réalité que la plupart des journalistes de snowboard font semblant d'ignorer, étrangement.

Le résultat est que la FIS se torche complètement de l'avis de ceux qui comprennent quelque chose au snowboard, puisqu'ils sont là pour combattre cette culture 'skate' ou 'surf' qui fait tellement peur aux 'gens de la montagne' et autres amoureux des sports bien réglementés. Ils voient tout simplement le snowboard comme une autre façon de vendre leur soupe, accéder au pouvoir, et contrôler un sport d'hiver supplémentaire. Tout ce qu'ils disent est un mensonge éhonté. Ce tas de crétins contraire à l'éthique la plus élémentaire est une verrue sur notre sport. Nous sommes conscients de cela. Ils sont conscients de cela. Mais le pire, c'est que nous ne pouvons pas faire grand chose pour les arrêter, car leur sphère d'influence est déjà beaucoup trop grande.

À la mi-décembre, les snowboarders professionnels qui font de la compétition seront confrontés à un dilemme. Le Comité organisateur des Jeux Olympiques de Nagano a officiellement annoncé que le snowboard est sur ​​le calendrier pour les Jeux olympiques d'hiver de 1998 au Japon. La FIS a déjà déclaré que les snowboarders doivent être membres de la FIS pour participer aux Jeux Olympiques; ce qui signifie que les plus grands riders américains et canadiens devront choisir s'ils veulent s'en tenir à la Fédération Internationale de Snowboard (ISF), ou aller à la FIS pour avoir leur spot assuré aux Jeux olympiques.

Vous me direz, c'est un problème de riche! Franchement, nous aimerions bien être assez fort en snowboard pour être confronté à ce genre de problème. Les Jeux Olympiques signifient beaucoup d'argent et beaucoup de retombées. Pourquoi un athlète professionnel formé pendant des années pourrait refuser d'aller aux Jeux olympiques? Pourquoi ne pourraient-ils pas eux aussi manger dans le grand bol à Dollars? Faire de l'argent rapide et en plus devenir célèbres?

Le choix de ces riders aura des répercussions directes sur le développement du snow ici et partout dans le monde. Ceux qui pensent que les Jeux Olympiques sont en fait bénéfiques pour tout le monde devraient se rappeler ce qui s'est passé avec le ski «freestyle» , qui a connu le même genre d'attention des médias dans les années 70 que le snowboard actuellement. Les compétitions de bosses et de saut se sont transformées en course au chrono et à la figure imposée, où le moindre écart de style est sanctionné. Plus aucun place à la personnalité et au style... Justement.

Malheureusement, nous ne pouvons pas répondre à cette question qui est posée aux athlètes, à ce dilemme injuste, cette prise d'otages, devrait-on dire. Mais nous dirons une chose tirèe de l'expérience : soyez prudent si vous pensez vendre votre âme, parce que plus vous la vendez, plus cela devient facile. Puis, avant même que vous réalisiez qu'en fait vous n'êtes qu'un singe de cirque à la fin d'une chaîne qui mène à enrichir les plus gras et les plus riches, il sera trop tard, et vous serez vous-mêmes l'un des ces hommes bedonnants qui dirige les instances du sport en se mouchant dans son éthique. Après, si cela ne vous dérange pas, aucun problème, et bonne chance à Nagano... Et ailleurs. Le truc c'est que ce que nous disons là, ce n'est pas une position extrême ou une vision partielle de comment se passent les choses, c'est la réalité. L'argent-minute change d'avis sans cesse, est corrompt pour toujours l'âme de ceux qu'il a acheté."

Ce trick de légende, vu et revu, résume bien cette décennie, âge d'or du snowboard. S'il n'y avait qu'un truc à retenir, ce serait peut-être ça: du fun, du spectacle, une grosse paire de couilles, une session entre potes qui fait le tour du monde, et une attitude 'fuck off' qui nous manque à tous aujourd'hui. Mais un truc ne changera jamais, le combo pour les bonnes sessions entre potes: des amis, de la bonne vibe, du bon son et des tricks qui tuent. On a rien fait de mieux depuis!