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Interviews

Champion du Shred: Danny Davis en Interview

Le Champion des vrais riders parle de sa vision du et pour le snowboard...

“Pour moi, ce n’est jamais de l’entrainement, mais juste du snowboard”

C’est une phrase que l’on ne s’attend pas à entendre de la bouche de ce double champion du monde. Mais, Danny Davis n’est pas un compétiteur comme les autres. Ou plutôt, il est bien plus que ça.

Malgré un succès qui, comme tu l’imagines très certainement, est dû à une concentration infaillible vers la plus haute marche du podium, il reste l’un des personnages les plus hauts en couleur du monde du snowboard. Puissant et hirsute, on retrouve chez lui, depuis le début de sa carrière, l’enthousiasme d’un chanteur d’opéra italien ainsi que la solennité d’un grand homme, et il semblerait bien que ce soit la combinaison gagnante, dans tous les sens du terme. Il a remporté les plus grands trophées du snowboard et, ce faisant, un peu comme Sage Kotsenburg après sa victoire olympique en slopestyle, a été reconnu comme l’homme qui « sauvera » le snowboard de compétition.

Mais avec tous les problèmes inhérents au circuit de compétition, que peut bien faire un seul homme ? En fait, un seul homme peut faire beaucoup…

Dan plante son drapeau à Jackson Hole. Photo: Blotto

“Le snowboard est devenu super frustrant d’un seul coup, je me disais ‘Mais pourquoi toutes ces galères tombent sur mes potes ?’ J’ai commencé à avoir peur de faire des tricks”

Danny est très présent dans les vidéos avec des parts plutôt hallucinantes. Mate un peu sa dernière séquence Burton Presents, dans laquelle il se rend au Japon pour rider la poudreuse sa vie avec Ben Ferguson, Mark McMorris et Terje Haakonsen. Ce n’est pas si souvent que quelqu’un fait la une avec une vidéo incroyable et gagne en même temps la médaille d’or de halfpipe aux X Games. Mais c’est précisément ce qu’a fait Danny l’année dernière… Ainsi que l’année d’avant. « J’ai tourné quand j’ai pu le faire, entre les contests » explique Danny, décrivant le tournage de sa part, avec ce que l’on peut décrire comme son humilité habituelle, « Mais je me suis blessé en mars. C’était vraiment la tuile ! J’aurais bien aimé ajouter quelques séquences à cette part, mais je me suis déboîté l’épaule au Double Pipe Red Bull. Je suis tout de même très content du résultat, et je commence à prendre le tournage un peu plus au sérieux, ce qui est une très bonne chose. » Non sérieux !?

La blessure, ou comme il le décrit lui-même « une autre cicatrice sur le corps », est seulement la dernière d’une grande série qu’il s’est faite tout au long de sa carrière. La pire de toutes fut un accident, qui n’était pas forcément très en rapport avec le snowboard mais plutôt avec le fait de conduire un Quad bourré, qui l’a empêché de participer aux jeux olympiques d’hiver de 2010. C’est arrivé à un moment particulièrement utile pour Danny, alors que lui et quelques autres membres de son crew Frends étaient déjà dans une phase difficile. Entre autres, le traumatisme crânien presque fatal de son confrère de pipe Kevin Pearce, dont la carrière professionnelle a été stoppée nette et qui est devenu le sujet du documentaire The Crash Reel en 2013. C’était bien sûr quelque chose de très difficile à vivre.

« Cela m’a fait porter un nouveau regard sur le snowboard et m’a permis de changer un peu la manière dont je ride » indique-t-il. «”Luke [Mitrani] s’est cassé les cervicales l’année précédant les jeux olympiques. Kev s’est blessé. Et je me suis blessé aussi. Le snowboard est devenu super frustrant d’un seul coup, je me disais ‘Mais pourquoi toutes ces galères tombent sur mes potes ?’ J’ai commencé à avoir peur de faire des tricks, je ne voulais pas apprendre les doubles. Je me demandais de quelle manière je voulais dorénavant faire du snowboard… Et puis j’ai commencé à faire les trucs que je voulais faire.

McTwist dans la nuit aux X Games 2015, avec sa deuxième médaille d'or consécutive. Photo: Adam Moran

Même s’il a fini par passer le double, personne ne sait vraiment à quoi s’attendre lorsque Danny droppe dans le pipe. Ses capacités techniques sont immenses, mais sont toujours éclipsées par le pure style qui transpire de chaque pore de sa peau alors qu’il enchaîne des McTwist tweakés avec des switch methods. Malgré ce qu’il peut nous dire, le problème n’est pas juste de savoir comment rider, parce que tous les riders de la planète aimeraient pouvoir choisir d’avoir son niveau et son style. Mais ce n’est pas le cas.

Il a été bien récompensé pour tout ce qu’il a fait, et à juste titre. En plus de ses deux médailles d’or consécutive aux X Games, on peut compter ses victoires aux Burton European Open, US Grand Prix, Dew Tour, et une dernière saison très impressionnante aussi. C’est pas mal pour quelqu’un pour qui, à l’opposé de nombre de ses contemporains, le pipe n’est pas forcément une fin en soi.

La doublure de Jonny Depp’ pour les cascades passe le temps sur le tournage. Photo: Adam Moran

Il ride en compétition depuis qu’il a 16 ans (il en a dorénavant presque 28), c’est donc sans surprise qu’il se retire un peu pour se concentrer plus sur les vidéos, comme il le dit lui-même, si les résultats sont toujours là, l’ennui s’est glissé un peu dans le jeu : « Tous les runs de tout le monde sont exactement identiques, tous les ans, et personne ne semble éprouver le besoin d’apporter un peu de nouveauté, sauf quand ils perdent. Il faut que quelqu’un propose des runs différents, dans des contests de pipe différents. » C’est un problème qu’il identifie aussi dans le domaine du slopestyle : «C’est toujours rail-rail-jump-jump-jump… » et du Big air : « C’est juste du ski aérien au bout d’un moment ! ». Le problème, tout du moins selon Danny, est facile à identifier. « Je pense juste que les compétitions de snowboard sont un peu ennuyeuses de manière générale, parce que le terrain ne change pas vraiment. C’est ce qui était plutôt cool au BEO, c’est qu’ils ont modifié un peu le parcours. C’est plus agréable tu vois ?

“Je ne comprends pas bien le surf, mais je peux toujours aller sur le site de la World Surf League et voir où en sont les choses. On aurait vraiment besoin de ça”

Cependant, plutôt que de tourner le dos la compétition, comme l’a fait son confrère Mikkel Bang de chez Burton parmi d’autres, il reste dans la course. Pour lui, les compétitions font partie du snowboard et le fait de remporter certains événements sont quand même des points-clés dans sa carrière personnelle. Il parle avec passion de ce qu’il faut changer dans cette partie snowboard et, plutôt que de suivre bêtement le mouvement ou de s’en éloigner, il essaie d’améliorer les choses. Un bon début comme il le dit, serait que l’on puisse obtenir ce que tout le monde souhaite mais que personne n’a pour l’instant été en mesure d’offrir : un tour unique.

Ce fameux Switch Method du Burton US Open 2015. Photo: Blotto

Depuis que la fédération internationale de ski (FIS) a pris le contrôle sur le snowboard olympique au milieu des années 90 et que la fédération internationale de snowboard s’est repliée juste après, la confusion est le maître mot.

Quoi que l’on puisse penser de la FIS, du WST ou les JO, on ne peut nier que c’est un gros bazard. « C’est tellement difficile de suivre quelque chose là-dedans ! » S’exclame Danny. « Pour tous les autres sports, il y a des ligues et des championnats, et tout le monde peut suivre. Je ne comprends pas bien le surf, mais je peux toujours aller sur le site de la World Surf League et voir où en sont les choses. On aurait vraiment besoin de ça. »

Le Chat-peauté. Photo: Adam Moran

 

 

Bien sûr, il y a eu quelques essais, et Danny est le genre de riders que l’on devrait impliquer dans tout cela. Et cela va sans dire que certains ont frappé à sa porte par le passé. « Je crois que c’était au début de l’année dernière, » se souvient-il. « Ils sont venus me voir et m’ont dit ‘Hey, il faut qu’on te fasse signer pour le… peu importe ce que c’était, la World Snowboarding Association? WS-quelque chose ? Enfin peu importe … ils m’ont dit que je devais signer ce contrat avec tous ces trucs écrits dedans et moi j’étais là : ‘Vous n’avez même pas de sponsor principal ni quoi que ce soit, comment voulez-vous que j’embarque dans votre histoire et que je signe ?’ Il fallait qu’ils mettent les choses un peu plus en place et qu’ils avancent un peu. Mais j’ai réalisé que c’était très difficile. J’aimerais beaucoup aider à lancer quelque chose comme ça, mais c’est vraiment une grosse mission. Peut-être que je dois m’y ouvrir un peu plus et que je dois apporter mon soutien…”

“Si on ajoute ces parks un peu différents, alors tout se jouera sur la capacité d’adaptation du rider. Ce serait vraiment excellent !”

Bien qu’il n’ait pas signé sur la ligne en pointillés cette fois-ci, il a tout de même joué un rôle important lors des années passées. En 2012, avec l’appui de Burton et Mountain Dew, il a lancé le Peace Pipe à Northstar, et en augmentant le pipe habituel de wallrides, de rails, de hips et de cutaways, il a essayé d’injecter un peu de spontanéité et de plaisir dans la compétition. Ce format permettait d’éliminer l’envie et la capacité de balancer un run classique et d’essayer de l’exécuter à la perfection, et le moment venu, des riders de premier plan étaient au rendez-vous, attirés par les idées et par la passion de Danny. Ce moment a été très créatif et le projet a été étendu au Peace Park qui s’est déroulé chaque année depuis ce jour. La programmation de l’édition de 2016 étant bien entamée, on peut dire que c’est devenu un moment crucial du calendrier du snowboard professionnel.

Si suffisamment d’événements comme celui-ci se développent, il n’y a pas de raison qu’ils ne puissent pas être reliés au sein d’une série de compétition internationale. Si chaque lieu joue sur ses spécificités et s’adapte au paysage naturel de la montagne, comme le fait Peace Park, aucun event ne sera identique, et c’est ce que Danny pense être une étape dans la bonne direction. « Il y a un problème avec les contests, on sait toujours qui vont être les trois meilleurs de l’événement. Si on ajoute ces parks un peu différents, alors tout se jouera sur la capacité d’adaptation du rider. Ce serait vraiment excellent ! Je soutiendrai sça à 100 %. »

Et c’est tout à fait dans le champ des possibles : les événements récents comme le Arctic Challenge et le Red Bull Double Pipe montre la volonté des riders professionnels de changer de registre. L’année dernière, un trip à Jackson Hole avec Mikkel et Mark McMorris a donné à Dany d’autres raisons d’être optimiste : « On se disait : ‘ce park est tellement cool ! On s’est donc rencardé avec le gestionnaire du park et il nous a dit qu’il était vraiment motivé par le concept de Peace Park. C’est vraiment motivant et ça fait plaisir de voir que l’idée se propage. Avec un peu de chance, d’autres travailleront sur leur propre park et seront en mesure de dire ‘Hey, on en a un de 10 mètres…et un de 17 mètres ! »

Si c'est une grosse journée de poudre : (a) est-ce que tu vas à la salle de sport en attendant qu'ils aient fini de damer le pipe, ou (b) tu fais ça ! Si tu as répondu (a), tu es pas pote avec Danny... Photo: Blotto

“à partir du moment où nous sommes devenus un sport olympique et avons essayé d’attirer ceux qui ne sont pas dans le snowboard, j’ai l’impression qu’on a enchaîné les échecs. .”

Étant donné le nombre de riders de très haut niveau qui veulent du changement, on peut dire que cela doit être très frustrant de voir les vieux formats se remettre en place chaque année. Cependant, il y a un véritable argument contre : si le parcours ne cesse de changer, comment cela pourra-t-il permettre au spectateur lambda de suivre ? À cette époque où le fait d’attirer l’attention du grand public est de première importance, cette mission peut devenir encore plus difficile si la routine est modifiée.

Photo: Sami Tuoriniemi

 

Quand j’explique ça à Danny, il n’est pas convaincu : ” Est-ce que c’est positif pour autant ? Il me semble que plus on essaie d’attirer une audience qui ne s’intéresse pas au snowboard, moins il y a de contests. Tu vois ce que je veux dire ? Lorsque le Air & Style était à son apogée, il y avait une tonne de contests et j’ai le sentiment qu’ils ne s’inquiétaient pas trop du format. Ils appréciaient juste le snowboard ! Mais à partir du moment où nous sommes devenus un sport olympique et avons essayé d’attirer ceux qui ne sont pas dans le snowboard, j’ai l’impression qu’on a enchaîné les échecs. »

C’est une analyse plutôt juste : peut-être que courir après l’audience de prime time est une nouvelle stratégie et que c’est plus la cause des problèmes du snowboard de compétition que sa véritable solution. « Si tu n’aimes pas le hockey sur glace par exemple, tu ne vas pas regarder un match de hockey et comprendre ce qui se passe », continue Danny. « Alors pourquoi fait-on autant d’efforts pour essayer de faire en sorte que les gens comprennent le snowboard ? Et si on prend le ski acro, quel est son audience aujourd’hui ? Voilà ce qu’il faut essayer de changer. »

Des lueurs d’espoir pour le Halfpipe dans le coin de Cardrona. Photo: Matt Georges

Espérons que, quelle que soit la manière dont se profile le snowboard de compétition, il garde cette empreinte. Quoi qu’il arrive d’autre, il semblerait bien que le superpipe des X Games va rester. Et Danny s’en réjouit : « C’est un contest super sympa, » s’exprime-t-il. « Il est très important pour moi et pour tout le milieu du snowboard. Les X Games soutiennent le snowboard depuis très longtemps ». En janvier, il devra se confronter à la question de la médaille d’or. Et vu comment les choses se profilent, il devra une fois de plus se préparer à distance du pipe avec ses meilleurs amis. Et pourquoi pas ? Comme il le dit lui-même : «J’ai le sentiment que cela me pousse à introduire de nouveaux tricks dans le pipe dans tous les cas !»

Danny au japon, en surface, et en profondeur.. Photo: Adam Moran

“Fuck! C’est vraiment chanmé !”, voici la réaction de Danny en rapport avec le cab triple cork posé à Mammoth à la fin de la saison dernière par by Yiwei Zhang. « Il n’y a pas beaucoup de marge d’erreur, mais cela montre bien que les airbags ont permis de gagner en confort avec ce genre de trucs. C’est dingue, je me disais ‘J’aimerais bien avoir les couilles de balancer ça’”. Et cela surprendra peut-être mais l’homme qui a signé ce magnifique switch method n’exclut pas le fait de se lancer lui-même. « Si j’avais le bon module, je serais chaud de me lancer. Mais j’essaierai de sortir d’un peu plus que de 2,50 m par contre! C’est vraiment ce qui m’a fait halluciner, il a fait trois tours et il est genre pas plus haut que la hauteur d’un type. Mais ouais, c’est ça le futur, heureusement ou pas ! Je crois que ces tricks sont vraiment cool et représentent un véritable défi. »

Des lignes et des formes au Chili. Photo: Adam Moran

Peut-être que si l’approche de Danny quant à l’organisation de contests prend forme alors tout se réalisera comme il le souhaite. Pour l’instant cependant, il se concentre sur ce qu’il a déjà fait et essaie de s’améliorer autant qu’il peut. Bien sûr, cela vaut aussi pour le Peace Park. Pour lui, la constante, c’est le snowboard, avec une quête infinie d’amélioration personnelle, mais cela ne vaut rien s’il n’y a personne d’autre pour l’apprécier. Il prend plaisir à tout, des journées où le temps est pourri « ce qui lui donne l’opportunité de faire avec rien » jusqu’aux événements très stressants où les médailles, l’argent et même sa carrière sont mis en jeu. Et même s’il est aujourd’hui en tête du peloton, il fait tout ce qu’il peut pour renverser le status quo, endossant sa responsabilité, plutôt que de râler depuis le banc de touche et d’encaisser les chèques.

Nous avons aujourd’hui un monde du snowboard qui est loin d’être idéal, et cela vaut pour l’aspect compétitif sport tout particulièrement, mais avec l’aide de Danny, on peut y arriver.

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