[Au-dessus: (Bureau) Tranche de DBK dans GLUE. Voir GLUE ici - ça déchire. (Mobile) DBK en chill. Photo: Cyril Mueller]

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David Bertschinger-Karg – ou DBK comme il est souvent appelé, on peut comprendre pourquoi – n'a jamais fait partie du stéréotype du snowboarder pro. Peut-être cela est en partie dû au fait qu'il a éclos relativement tard au milieu professionnel, qu'il a fallu qu'il se batte pour avoir lui aussi ses boards gratuites et ses budgets trips. Mais dès qu'il est parvenu à ce statut, il n'est rentré dans aucun moule et surtout, a gardé son approche simple des choses, ne prenant jamais rien pour acquis. Au-delà de ce recul naturel sur les choses qui lui arrivent, DBK a aussi une sensibilité artistique très développée, ce qui rend le personnage d'autant plus intéressant, pour le snow et en dehors. Nous avons donc décidé de lui accorder l'interview qu'il mérite.

DBK a émergé lorsqu'il fut drafté par le crew Isenseven, auquel il s'est remarquablement adapté. Dès les premières saisons, il est devenu un pilier de cette production européenne. Et lorsque Isenseven décida d'arrêter, il trouva instantanément une nouvelle production et sorti une part assez démente d'entré ede jeu avec True Color Films. Jusqu'à l'hiver dernier, où il a pris son propre destin en main et lancé son projet personnel avec la série projectDETOUR.

C'est notamment avec ce projet de web série que DBK a mis sa patte esthétique sur pellicule. Cette patte s'est affirmée dans son snowboard, comme elle commence à s'affirmer aussi derrière la caméra. Notamment grâce à sa volonté farouche d'éviter tous les clichés du snowboarder: pow, party, filles, blabla. Malgré tout cela, DBK a aussi des défauts: il a raté un avion pour se faire faire un tattoo. Et il est allé à un concert de Rhianna l'été dernier aussi. Pour de vrai.

- Interview: Sam Oetiker - 

Commençons par les bases. Pour ceux qui ne te connaissent pas, comment es-tu arrivé au snowboard? 

J'ai commencé à rider à Stoos, une petite station suisse, lors de vacances à la montagne en famille, avec mes parents et mes sœurs. J'étais nul en ski, et dès que j'ai essayé le snow... c'était pareil! Mais dans le fond ça me plaisait beaucoup plus, alors j'ai insisté sans me plaindre. Cela m'a plu de plus en plus, et je me suis amélioré. D'ailleurs j'ai converti toute la famille au snowboard: mes sœurs comme mes parents. Au début, je ridais avec le crew NBC à Hoch Ybrig, ma station de prédilection. J'y ai rencontré  Howzee (le photographe Dominic Zimmermann) qui commençait à bien marcher et il m'a pris sous son aile. C'est comme ça que j'ai eu mes premières photos. J'ai aussi participé à quelques contests, juste pour le fun, et je ne me suis pas trop mal débrouillé. Du coup les sponsors ont également suivi. Ça a vraiment décollé avec mes premières parutions dans les magazines, et quelques séquences vidéos.

C'était quand tout ça?

J'avais… 17 ans je crois. Je suis arrivé très tardivement en fait. Peut-être 16 ans lorsque j'ai décroché mon premier sponsor. Je suis resté un 'rider de shop' pendant très longtemps, sans être pro je veux dire. Et mon premier vrai sponsor fut Bataleon Snowboards. Je suis leur plus ancien rider d'ailleurs, en terme de longévité de contrat, puisque Gulli [Gudmundsson] s'est plus ou moins arrêté. Je me rappelle de mon premier shoot Bataleon à Avoriaz. J'avais 18 ans, des étoiles plein les yeux, j'admirais tous ces riders, et bien sûr aussi Julien [‘Larrogs’ Haricot]. C'est marrant d'y repenser avec du recul aujourd'hui, je suis le plus ancien du team et Dennis et Danny, les boss, sont devenus mes potes!

Il y a une sacrée génération de riders suisses devant toi, avec les Nicolas Müller, Freddi Kalbermatten et consorts. Comment cette génération t'a-t-elle influencé?

Ils ont eu beaucoup d'influence, c'est sûr. De mon côté je suis arrivé au professionnalisme assez tard comme je disais, et je n'étais pas un kid totalement fan de snow, donc je ne connaissais pas tous les films comme d'autres les connaissaient. Je n'avais même pas de télé à la maison! Mais je regardais les magazines, alors bien évidemment j'admirais Nico, comme Gigi [Rüf] aussi, même s'il n'est pas suisse! Lorsque j'ai rencontré Nico au Freestyle.CH, je n'étais qu'un gamin et j'étais super fier de skater avec lui.

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Tu as filmé avec Isenseven pendant plusieurs années, racontes-nous un peu cette période... 

J'étais au lycée, et le crew Isenseven a débarqué dans ma station. Ils y ont retrouvé Howzee, et lui ont dit qu'ils aimeraient bien ajouter un local à leur session. Du coup j'ai pu rider avec eux quelques jours, leur montrer des spots... Par la suite, on m'a dit qu'Alex Schiller [le boss d'Isenseven] était vraiment content, et avec Howzee ils ont su pousser pour proposer un deal vidéo à mes sponsors. Du coup, dès la fin de l'école, j'ai commencé à filmer avec eux. Mes sponsors suivaient, ma famille aussi, et j'avais trouvé mon crew naturel dans le snow, pas mal pour une première année à ne faire que du snowboard! D'ailleurs, j'ai filmé ensuite avec d'autres crews, comme True Colours ou même Absinthe pendant quelques jours... Mais ma famille du snowboard, c'est bel et bien Isenseven. Ce sont tous mes amis, et je leur dois beaucoup.

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Plus récemment, tu as pris les commandes d'un projet vidéo bien à toi. Pourquoi et comment cela est-il arrivé?

Je dirais deux raisons: j'adore traîner avec Tom Elliott, il était mon filmeur attitré avec Isenseven, et je voulais faire un projet avec lui. Ensuite, nous partageons la même vision esthétique du snowboard. Je veux dire, pas mal de filmeurs dans le snow sont en fait des riders qui suite à une blessure ou autre, sont passés de l'autre côté de la caméra. C'est d'ailleurs aussi le cas de Tom, mais lui a cette approche totalement cinématographique des choses. Lui comme moi avons filmé des choses qui n'ont rien à voir avec le snow, comme ça, pour le plaisir - enfin lui professionnellement. Du coup la vision n'est pas la même. Et en plus c'est un vrai geek des caméras, il sait tout sur le matos et comment l'utiliser. Nous échangeons beaucoup, sur plein de sujets, et sommes souvent d'accord. Dans ces conditions il était normal que nous lancions un projet ensemble. C'est d'ailleurs lui qui m'a poussé à filmer davantage pour ce projet.

C'est aussi lui qui m'a ouvert les yeux sur le fait que je n'étais sans doute pas fait pour faire la même chose pendant 10 ans: rider pour sa part tout l'hiver, puis tout l'été, travailler sur l'edit, puis la tournée, et recommencer. J'ai fait ça quelques saisons et puis j'ai réalisé que ce n'était pas mon truc, avant de me cramer. Je me suis senti un peu perdu d'ailleurs à un moment, je ne savais pas trop quelle direction était la bonne. Je savais que le snowboard, c'était ce que je voulais faire, mais je ne savais pas trop comment. Alors j'ai suivi le conseil de Tom, et j'ai acheté une caméra. Et je me suis promis de filmer tous les jours pendant les 100 prochaines jours. J'avais tellement peur d'avoir dépensé tout cet argent pour ne pas l'utiliser que je m'étais mis cet objectif. D'ailleurs mon premier edit s'appelait '100 Days'. Peu de temps après j'ai fais 'Indonesia' qui a bien marché sur Vimeo. De là, deux amis d'enfance qui travaillaient pour une boîte de prod m'ont demandé si je voulais les rejoindre. J'ai dit oui, et je bosse avec eux l'été, ou quand j'ai le temps. Puis est arrivé projectDETOUR, ma web série qui a plutôt bien marché sur le web. J'ai pas tant filmé que ça d'ailleurs, je mets toujours le snowboard avant tout le reste. Mais ce fut un plaisir de passer à la réalisation.

Tu es heureux de ta première expérience en tant que chef du projet?

Oui, très content. Nous avons eu beaucoup plus de vues que je ne pensais, nous avons eu des articles assez positifs, même très positifs... Onboard nous a d'ailleurs bien aidé, merci les gars! C'est trop cool de voir tous ces gens reposter et commenter sur tes vidéos. Faire des vues c'est bien, mais faire kiffer les gens au point qu'ils partagent tes contenus, c'est assez génial je trouve. C'est la meilleure des récompenses!

En dessous: Tiré de la série projectDETOUR de DBK, voici l'épisode appelé 'Alps'.]

Peux-tu nous parler de tes prochains projets?

Un peu oui! EN fait j'ai capté que faire un film ou une série, c'était beaucoup plus de travail que ce que je pensais au départ. Je n'y étais pas préparé. On partait sur un trip et du coup j'étais celui qui devait avoir tout organisé, le mec vers qui tout le monde se retournait si quelque chose n'allait pas. D'un coup sec, j'ai compris pas mal de choses sur les gens, le snowboard... J'ai compris pourquoi Alex Schiller était tout le temps stressé! Et j'ai compris que ça non plus je n'en voulait pas. Donc l'idée c'est de filmer non pas pour un projet, mais pour plusieurs. Le film de Hitsch, GLUE, le projet Vans First Layer, la vidéo du crew Bataleon... C'est un peu l'idée que je vais continuer à creuser cette année. Rien n'est sûr encore, mais il se pourrait bien que j'aille en Iran, notamment. Après on n'est pas obligé d'aller toujours dans des endroits super exotiques pour filmer ou rider, mais c'est un plus, disons. Les sponsors recherchent un peu cela aussi, donc voilà. Ce que tout le monde capte à présent, c'est qu'il vaut mieux faire 3 minutes super et partagées par tout le monde, plutôt que 25 minutes dont tout le monde se fout!

À ce propos, comment vis-tu cette évolution du snow en temps que média? Les clips à droite à gauche ont-ils tué la vidéo de snowboard?

Je sais pas mais une chose est sûre: il y a beaucoup trop de merde qui circule! On pourra toujours dire que ça dépend des goûts... Mais bon nous sommes des sports innovants, ça ne sert à rien de refaire toujours les mêmes choses, non? Et si tu compares le snow au skate ou même au surf, nous sommes en ce moment moins innovants, moins 'core' qu'eux. peut-être nous sommes-nous fait bouffer par les 'agences de com' qui veulent utiliser l'image du snowboard à tout va. Il faut sortir de cet écueil. Et si on se creuse la tête, on aura un temps d'avance, car à mon avis il y a mieux à faire que le schéma: gros logo, les riders, les tricks, boom! Tu vois?

GoPro en est un exemple assez éloquent. Au début ils mettaient des logos partout, aujourd'hui ils ont compris qu'ils auraient plus d'impact en mettant ce que les gens filment dans leurs vidéos. Pour eux c'est relativement facile, car ils ont ce bon produit à vendre. En snow aujourd'hui, on a tout un tas de matos et de sponsors, boards, outerwear, fix, masque, boots etc. Mais on a quand même besoin que les marques de boissons énergétiques placardent leurs gros logos partout. En plein dans la gueule du consommateur, en cas qu'il ait rien vu, tu vois? Bon je dis tout ça, mais je n'ai pas de solution non plus!

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Certes, mais au moins c'est dit! Dis-nous les riders qui te plaisent dans le snowboard actuel?

J'ai toujours été et serai toujours un grand fan de Nico. Pour être honnête, je regarde moins les magazines qu'avant, et pas trop les clips non plus. En revanche je regarde tous les films qui sortent. La plupart du temps je suis impressionné par la performance, mais je me dis que ce n'est pas un film que je regarderai mille fois comme les films de l'époque. Je ne sais pas si j'ai vieilli ou si ce sont les films qui tournent en rond, mais c'est un fait.

Mais pour te répondre, j'aime aussi ce que fait Alex Tank dans ses edits, car il y met son propre style. Et c'est quelque chose de plus en plus rare finalement. Je trouve aussi que les Helgasons ont vraiment leur identité propre. Au final, ces mecs-là ont du style, mais ils sont aussi authentiques, tu vois? Ce n'est pas 'pour faire style', justement. C'est sans doute cela qui transparaît, et c'est pour ça que je les aime particulièrement.

Quel est ton film de snow préféré?

Probablement Lame, si je compte le nombre de fois où je l'ai maté! En tout cas c'est soit celui-là soit Afterlame au risque de paraître répétitif! Il y a bien sûr la nostalgie qui me fait dire ça sans doute, mais objectivement ce film fut un tournant dans l'histoire du snow. Si on parle de vidéo part uniquement, je pense que celle de Nico au Japon dans Neverland, c'est de la pure magie. Nico ouvre le film d'une manière incroyable, sur un bon son, sans chichis de montage ni rien, c'est vraiment cool je trouve.

C'est d'ailleurs amusant de parler de ces vieux films maintenant car en voyage pour venir ici, j'ai regardé Subjekt Haakonsen. Je ne l'avais pas vu depuis des lustres, et c'est vraiment bien de le revoir. Tous les petits détails de son ride, les chutes, comment il se relève, refait un trick derrière, c'est génial. Faire du beau snowboard à partir de pas grand chose, j'ai toujours aimé ça. C'est un peu l'âme qu'on y met en fait.

Aujourd'hui le niveau a sévèrement grimpé et il faut tout poser... C'est à peine acceptable de mettre un slam dans une part. C'est du style 'ok, je dois poser ça, sinon personne ne va en parler et mes sponsors ne seront pas contents'. Et moins en moins de riders qui se disent 'je veux faire ça parce que c'est ce qui me représente, si les gens aime c'est cool, si les sponsors aiment c'est cool, mais je ne vais pas changer ma ligne pour plaire, car si je faisais ça je n'apprécierais pas le snowboard très longtemps'... Tu vois ce que je veux dire?

En tout cas c'est comme ça que je vois les choses de mon côté. J'ai la chance que mes sponsors m'aient suivi dans ce délire jusqu'à présent, et j'espère qu'ils vont continuer d'ailleurs! Je suis heureux de pouvoir dire que j'ai toujours fait ce que je voulais. J'ai eu quelques parts un peu techniques par le passé, mais aujourd'hui ce que je fais est plus diversifié, et je kiffe aussi cette nouvelle étape.

Cela me semble être une belle manière de conclure! Merci David et bonne saison!

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