Interview: Luca Pandolfi - Onboard Magazine FR

Tout sur le snowboard, au travers de ses dernières news, ses dernières vidéos, présentations de produits et autres articles sur le snow et ses athlètes.

Share

Interviews

Interview: Luca Pandolfi

La dernière fois que nous avons assisté aux exploits du freerider italien Luca Pandolfi, c’était en Himalaya, avec Jeremy Jones, pour le film ‘Higher‘ dont tu te rappelles forcément. Ce chamoniard d’adoption affiche à présent plus de 20 ans de carrière, pendant lesquelles il a ridé les plus grosses pentes du globe, des Andes au Caucase, et il continue encore de repousser ses limites tout en préparant son diplôme de guide. Nous l’avons rencontré en ce début d’hiver pour faire le point avec lui sur ses envies, ses projets, et sa manière d’envisager le freeride, le gros, celui de la vitesse, et surtout celui la pente raide…

Raconte-nous comment tu as débuté et aussi comment as-tu atterri à Chamonix ?

J’ai commencé à faire du snow à 18 ans, donc cela fait 24 ans déjà ! À cette époque, je faisais les saisons en Italie autour de chez moi, et puis j’étais assez fasciné par ce que l’on considérait à l’époque, et toujours d’ailleurs, comme les 4 Mecque du freeride en Europe : la Grave, Verbier, Monte Rosa, Chamonix. Alors je me suis dit que ce serait super d’arriver à faire une saison d’hiver dans ces endroits. J’ai passé un hiver à Verbier, 3 à Gressoney (Monte Rosa), et puis je suis arrivé à Chamonix. Et comme pas mal de monde autour de moi, je suis tombé amoureux de l’endroit, de l’énergie qu’il y a ici. Un endroit magnifique, orienté au Nord donc avec toujours de la bonne neige. J’ai toujours aussi beaucoup aimé l’alpinisme, et Chamonix m’a permis de réunir ces 2 passions.

 

Couloir du Diable, Mont Blanc. Photo : Cedric Bernardini

Tu as commencé par le freestyle pourtant, n’est-ce pas ?

Oui c’est vrai, on faisait du backcountry surtout car il y avait très peu de parks à l’époque. Mais mon goût de l’aventure, l’exploration, le côté sauvage de la montagne. Je voyais les parks, les structures tout ça, un peu comme l’école : pour s’entraîner ! Le freeride correspond davantage à mon caractère, et me permet de m’exprimer. Tant que tu respectes les lois de la montagne, c’est la liberté totale, et c’est cela qui me plaît le plus là-dedans. Comme en alpinisme en fait : tu apprends à prendre tes responsabilité, à payer les conséquences.

 “LES PARKS, LES STRUCTURES TOUT ÇA, C’EST UN PEU COMME L’ÉCOLE : POUR S’ENTRAÎNER !”

Certains voient justement la « pente raide » comme une discipline totalement à part, comment vois-tu cela de ton côté ?

Oui c’est vrai c’est à part, mais le lieu dans lequel je vis est à part également. Tout est extrême ici, et c’est un très bon spot d’entraînement pour se préparer au mieux. En cela, la pente raide a unifié les 2 disciplines que sont le ski et le snow, on ne fait plus de différence finalement. Il y a les gens qui viennent du snowboard freeride comme moi, puis les skieurs qui se mettent à faire de la grosse pente, et aussi les alpinistes qui font du ski. Bref, c’est un milieu transversal mais très uni, et très expérimenté. Malgré tout, je reste un snowboarder, j’aime la glisse, la fluidité des lignes, et j’essaie d’amener cela comme peuvent le faire Xavier De Le Rue, Jeremy Jones et d’autres. Aujourd’hui je m’engage dans la formation pour devenir instructeur, et je dois me remettre un peu au freestyle, donc ça me fait du bien aussi.

Couloir de la Passerelle, Aiguille du Midi (Chamonix). Photo : Tom Greenal
Couloir Ouest, Aiguille du Midi (Chamonix). Photo : Cedric Bernardini
Photo: @mikumerikanto

Est-ce que le matériel joue un rôle dans ce développement du gros freeride à ton avis ?

Bien sûr, il y a eu une évolution très rapide avec le splitboard. C’est plus qu’une mode, et la pratique s’enracine dans la glisse, le matériel est devenu très fiable, on ne fait plus la différence quasiment. À part en Himalaya où la grimpe est vraiment de l’alpinisme et il n’y a pas d’approche, je les emmène sur mes expéditions avec le reste de mon matos. En tout cas je passe de plus en plus de temps en splitboard chaque hiver. J’utilise aussi les boots Fitwell Backcountry, qui ont une semelle rigide mais sont souples au niveau des chevilles, ce qui donne un flex comme en snowboard.

Justement, dans la gamme Jones Snowboards, tu utilises quel matériel ?

Pour le freeride, je ride le split Jones Solution. Je préfère le modèle classique à celui en carbone car il me donne plus de flex, plus de souplesse. En principe je la prends en taille 169. J’aime le flex progressif de cette board, c’est un super splitboard et le rocker donne une flottaison incroyable et permet en fait de rider plus agressif, plus sur l’avant que sur un cambre normal. Et sur la neige très dure je prends la Jones Aviator 164, son cambre classique me permet une super bonne accroche même dans les pentes très raides. Et pour compléter le matériel, je ride avec des fixations Spark Surge, qui sont assez rigides. Elles sont très simples, très faciles à switcher du monde rando au mode riding, et sont très solides.

Aiguille d’Entreves, Helbronner (Mont Blanc). Photo: Ranyo Tanaka

Ci-dessous, Luca en 2012 dans un célèbre couloir chamoniard.

Participes-tu au développement des produits chez Jones ?

Au début oui, c’est un feedback régulier que je donnais à Jeremy et à son équipe. Aujourd’hui la compagnie à pris de l’ampleur, et c’est mérité, du coup c’est plus simple pour eux de développer cela avec les riders qu’ils ont sur place. Mais je n’hésites jamais à donner mes impressions en tout cas.

“LA PENTE RAIDE, C’EST COMME UN MOMENT DE MÉDITATION. CE QUE MARCO SIFFREDI APPELAIT ‘LE SUPER FEELING’. L’OBLIGATION D’ÊTRE TOTALEMENT PRÉSENT”

Quels sont tes projets pour cet hiver ?

Comme je disais, j’ai commencé cette formation pour devenir instructeur et guide, je la fais en Italie, et ça se terminera au mois d’avril. En février je vais quand même organiser mon voyage habituel en Georgie, et après j’ai le projet d’aller filmer de nouvelles lignes qu’on a repéré en Norvège, dans la région de Lyngen. Puis au mois de mai on va aller en Bolivie, encore sur de la pente raide. Et encore un peu plus loin, la Nouvelle-Zélande au mois d’octobre prochain.

Quel est le trip qui t’a le plus marqué dans ta carrière ?

C’est très difficile de répondre à ça, car chaque lieu, chaque pays nous touche d’une manière différente. L’expédition en Himalaya avec Jeremy Jones pour le film Higher, c’était court mais très intense, c’était nouveau aussi. Ma première expédition au Pakistan aussi, comme l’Iran, la Georgie, tout ces pays sont des endroits très beaux et très sauvages. Le Pérou aussi, il y a des montagnes incroyables. Mais pas besoin d’aller aussi loin, la Norvège c’est incroyable aussi, rider de la peuf avec l’odeur de la mer, c’est une belle sensation !

Couloir des Cosmiques, Aiguille du Midi (Chamonix). Photo : Felix Hentz

Et le trip dont tu rêves encore ?

L’Alaska, c’est clair, c’est le rêve de tout snowboarder ! Et je n’ai pas encore eu la chance d’y aller. Filmer des spines en Alaska, ça me manque, c’est vrai. J’ai beaucoup ridé au Canada et aux USA avec Teton Gravity Research, mais il me reste ça à faire !

“L’humilité. C’est la seule chose qui nous permet d’apprendre et de rentrer à la maison chaque jour”

Quelles sont les raisons pour lesquelles tu repousses tes limites ? Et comment la peur intervient-elle là-dedans ?

Pour moi c’est une recherche, une aventure, une dynamique intérieure. Une recherche de l’inconnu, et une recherche à l’intérieur de soi aussi. Aussi longtemps que je me rappelle, la vision d’une belle montagne a toujours réveillé ma créativité, j’imagine ma ligne, je commence à rêver et le projet par de là. Tout ce processus de recherche en amont est intéressant aussi.
La peur est fondamentale pour retourner à la maison, car c’est elle qui te ramène à la réalité. La pente raide, c’est comme un moment de méditation. Ce que Marco Siffredi appelait ‘le super feeling’. L’obligation d’être totalement présent. C’est un grand pouvoir de l’homme, et on l’oublie parfois. Nous passons trop de temps à nous perdre dans le passé et le futur, mais on oublie le présent. La pente raide te ramène à l’essentiel, et l’essentiel c’est le présent. La peur c’est avant, ou quand on perd un proche en montagne. Elle peut te bloquer dans ces circonstances, mais dans d’autres elle te transcende. Elle te donne plus de respect pour la vie. Mais quoi qu’il arrive, tout cela, c’est notre façon de vivre, de nous recharger, donc impossible d’arrêter !

Mute à Gudauri, Georgie, Caucase. Photo : Oleg Gritskevich

Quelle est la chose la plus importante que la montagne t’a appris ?

L’humilité. C’est la seule chose qui nous permet d’apprendre et de rentrer à la maison chaque jour. C’est la chose la plus importante. Pour avancer dans ces disciplines, il faut faire des erreurs. Alors avoir la chance de survivre, c’est de la pure humilité par rapport à tout cela. L’arrogance, l’ego, sont des dangers mortel en montagne, et il faut apprendre avant tout à travailler sur son humilité.

SPONSORS : Jones Snowboards, Spark Bindings, Fitwell Boots, Scott Eyewear, Clif Bar, Level, Bern, Teton Gravity

SITE INTERNET : www.lucapandolfi.com

Népal. Photo: Andrew Miller
Couloir Presten, îles Lofoten (Norvège). Photo : Paul Holding

Share

Newsletter: termes et conditions

Merci de renseigner votre e-mail de manière à vous tenir informé de toutes les news, articles, nos dernières offres. Si vous n'êtes plus intéressé vous pouvez renoncer à tout moment. Nous ne vendrons jamais vos données personnelles et vous ne recevrez que nos messages et ceux de nos partenaires qui sont susceptibles de vous intéresser.

Read our full Privacy Policy as well as Terms & Conditions.

production