Nous sommes en mars 2015, dans la station tchèque de Spindlruv Mlyn, pour assister au contest Snow Jam et se mélanger à la scène snowboard de la partie Est de l'Europe. Mais, en réalité, tout cela ressemble plutôt à une expérience étrange pour déterminer combien de schnaps un humain est capable d'encaisser. Au travers du brouillard créé par l'alcool, un phénomène est tout de même bien présent : cette fille qui envoie de sérieux backside rodeos... sans compter qu'elle a plus d'un tour dans son sac parce qu'il semblerait bien que son back 180 est très largement aussi solide. En regardant rapidement son dossard dans la liste, on découvre son nom : Klaudia Medlova. C'est la première fois qu'on le voit.

Quelques semaines plus tard, le snowboard féminin atteint des niveaux inégalés avec l'édition 2015 du Suzuki Nine Queens. Et voici Klaudia qui fait de nouveau des vagues en posant le premier double backside rodeo jamais rentré par une fille. Tout les journalistes et autres riders retiennent son nom et la voici rapidement accostée par Bataleon Snowboards, alors que Spencer O’Brien la prend sous son aile et se débrouille pour la faire inviter à des événements encore plus prestigieux pour l'hiver qui suivra.

Un an plus tard, et la voici bien installée comme la rideuse la plus progressive de tout le snowboard féminin avec une autre performance incroyable aux Nine Queens édition 2016, sans parler du Views From The 7th. «Elle charge, point barre, » explique notre cher Sam Oetiker. « Elle se fait une bonne idée de ce qu'elle veut faire et elle n'arrête jamais de s'entraîner jusqu'à ce qu'elle y arrive, même si ça implique de se prendre de sacrées boîtes. Et quand elle arrive à poser le trick, elle le fait avec un style super fluide. »

Nous avons pris le temps de dialoguer avec Klaudia lors de la team week Bataleon en Andorre pour découvrir d'où elle vient et, surtout, où elle va...

Interview : Sam Oetiker

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Salut Klaudia, tu arrives juste du Nine Queens c'est ça?

Oui! J'étais super enthousiaste d'aller aux Nine Queens encore une fois cette année, parce que l'année dernière a été exceptionnelle. J'adore l'installation, le jump est toujours parfait, avec une super réception, et on a été très chanceuses de profiter d'une météo clémente cette année, avec une neige souple et un beau temps. La réception était très douce et le take off bien raide, on a pu essayer de nouveaux tricks dans un contexte assez safe. J'ai vraiment apprécié les Nine Queens cette année.

Est-ce que toutes les filles ont appris de nouveaux tricks? Tu as découvert le front 10, c'est bien ça?

Oui, j'ai appris les 1080 Front cette année. Ça fait longtemps que je voulais essayer, j'y pensais beaucoup et j'avais fait une tentative le jour d'avant. J'en ai replaqué un pendant le shooting au lever du soleil mais je n'ai pas eu une très bonne sensation, je n'étais pas très à l'aise en l'air. Mais lors du jour du contest, j'en ai posé un bien propre. Et Kjersti a fait la même chose, mais elle en avait déjà rentré un l'année dernière. Anna Gasser revenait d'une blessure et n'avait pas ridé puis trois mois, elle a pourtant tout déchiré en envoyant des doubles...

Penses-tu que ce soit une bonne chose que ce contest soit réservé aux filles ?

C'est un peu différent. J'aime bien rider avec les mecs parce que je peux repousser mes limites et c'est ce que j'ai l'habitude de faire. Quand j'étais plus jeune, il n'y avait pas beaucoup de filles qui ridaient en Slovaquie, donc j'avais beaucoup de temps pour rider avec les mecs, et ils m'ont beaucoup appris. Mais j'ai vraiment apprécié que les Nine Queens soit réservées aux filles, on se serre les coudes et il y a une très bonne atmosphère. Pas de pression.

[Ci-dessous : la tête à l'envers pour les mecs, lors de la Bataleon week en Andorre. Photo: Cyril Mueller]

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Suzuki Nine Queens 2016

Comme tu viens de le dire, tu as grandi en Slovaquie, comment se présente le milieu du snowboard là-bas ? 

Nous ne sommes pas très nombreux, mais je crois que c'est de mieux en mieux quand même. Le snowboard n'est pas forcément très abordable, c'est très cher pour les gens qui vivent dans ma ville, s'ils veulent aller en famille à Jasna.

À quel âge as-tu commencé le snowboard ? Et qu'est-ce qui t'a donné envie d'essayer ? 

J'ai démarré le snowboard à 10 ans, et avant cela, je faisais de la gymnastique et du ski. j'ai commencé le snowboard avec mon père et j'ai rejoint deux potes dans le park. ll y avait toujours quelqu'un pour me montrer comment m'améliorer, pour m'aider. J'ai toujours pris du plaisir à le faire, et je ne voulais pas revenir au ski!

"J'aime bien rider avec les mecs parce que je peux repousser mes limites et c'est ce que j'ai l'habitude de faire. Quand j'étais plus jeune, il n'y avait pas beaucoup de filles qui ridaient en Slovaquie, donc j'avais beaucoup de temps pour rider avec les mecs, et ils m'ont beaucoup appris."

Quelles sont les riders qui t'ont influencée ? Est-ce que tu regardais des vidéos de snowboard ? 

Oui, quand j'étais plus jeune je regardais beaucoup de films de snowboard, par exemple, mon film préféré, c'était White Balance...

Et aujourd'hui, qui est ton idole dans le snowboard ? 

Il y a beaucoup de rideuses qui me donnent de l'inspiration. Et ce n'est pas seulement dans le snowboard, mais j'aime beaucoup Spencer [O’Brien’s], Anna [Gasser], Enni [Rukajärvi], Kjersti… et il y a aussi beaucoup de très bon riders chez les gars.

Tu es dans la compétition depuis un moment, mais c'est comme si tu étais toute nouvelle dans le milieu du snowboard ...

Hmm, mais seulement dans les contests FIS ! Parce que c'est vraiment difficile de se faire inviter pour le Dew Tour, les X Games ou ce genre de contests, je ne ridais donc que les événements FIS. Mais cette année, j'ai eu l'opportunité de commencer par le Dew Tour et les X Games à Aspen et Oslo, le US Open... Je comptais toujours parmi les rideuses en liste d'attente "alternate", mais j'ai toujours fini par rentrer. Spencer m'a beaucoup aidée dans ce sens.

Quelle est la différence entre les contests FIS et ces plus gros événements ?

Ça a toujours été mon rêve de participer aux X Games, au Dew Tour et au US Open, alors je les apprécie un peu plus. Aussi parce que la FIS n'a jamais fait partie du snowboard, tu vois ?

En compétition, est-ce que tu as vraiment envie de gagner ? Es-tu plutôt compétitive ? 

Non, je veux juste faire mes runs, parce que je sais qu'il y a beaucoup de filles qui sont bien meilleures que moi, et je ne peux pas espérer de gagner. Alors je me concentre sur mon run.

Ton double backside rodeo aux Nine Queens l'année dernière a vraiment fait le point est-ce que tu avais pensé à ça longtemps à l'avance, est-ce que tu avais essayé d'en faire un ?

La première fois que j'ai essayé le double rodeo back, j'avais 16 ans, en Slovaquie, pendant un contest. Mais j'étais plus jeune et je réfléchissais pas beaucoup! Je me suis beaucoup blessée et ça m'a donné envie de commencer à réfléchir [rires]. Alors c'est vrai que j'avais ce trip dans ma tête depuis très longtemps et j'ai toujours plus ou moins essayé, mais la première fois que je l'ai vraiment posé, c'était l'année dernière aux Nine Queens. Puis j'ai arrêté de le faire, j'ai pensé qu'il me fallait le jump parfait pour ça, puis j'ai continué d'essayer à Aspen et à Oslo, et depuis, je n'ai plus peur de ce trick. Je ne le maîtrise pas encore, je ne l'ai rentré qu'une fois, mais je vais continuer d'essayer.

"La première fois que j'ai essayée le double back rodeo, j'avais 16 ans [rires] en Slovaquie, pendant un contest. Mais j'étais plus jeune et je réfléchissais pas beaucoup [rires]"

On a l'impression que les standards sont un peu restés les mêmes pendant un moment, mais aujourd'hui avec des filles comme toi, Anna et d'autres qui viennent de faire leur entrée, on observe une élévation très nette du niveau et vous apprenez sans cesse des tricks que d'autres filles ont rentrés.

Je pense aussi que ces Big Airs que l'on fait maintenant contribue beaucoup à la cause, parce qu'ils étaient auparavant seulement réservés aux hommes. Alors, comme à Oslo, Jamie Anderson s'est lancée sur un front 10. Quand il n'y a qu'un seul jump, les filles vont plus loin. c'est plus difficile pour nous, enfin en tout cas pour moi, de rentrer des gros tricks sur un parcours de slopestyle.

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Tu as vraiment commencé à attirer l'attention, et tu viens de signer avec Bataleon. Est-ce que tu apprécies d'être au centre de l'attention ?

Non, je ne ressens pas vraiment cette attention. Je n'ai pas l'impression que les gens me connaissent!

Tu rides aussi des rails ?

Ouais, j'ai commencé à rider quelques rails, mais cette saison je n'ai pas été très bonne [rires], dans les contests en particulier, parce que j'avais peur de tomber sur les rails en haut du run, et de ne pas être capable d'aller jusqu'au bout. Alors j'y suis vraiment allée tout doucement sur les rails. Mais ce n'est pas ce que je fais de mieux de manière, je dois travailler là-dessus parce que les autres filles sont vraiment bonnes maintenant.

Que penses-tu de l'Andorre et de cette Bataleon week?

On a vraiment passé un bon moment. Je n'étais jamais venu ici auparavant j'aime bien cet endroit. Je crois que c'est ma première team week, et j'ai vraiment apprécié! J'espère y retourner d'ailleurs!