RIGOLYMPIADES DANS LE PIÉMONT - Onboard Magazine FR

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FUNLYMPICS IN PIEMONTE

#ROADTOSOCHIOHDAMNITTORINO

The realisation that they might be late for the party starts to dawn on Victor De Le Rue. Photo: Matt Georges

Non, tu ne pourras plus tourner les pages de ton magazine préféré – à part celle des anciens numéros déjà devenus collectors… Mais qu’à cela ne tienne, nous proposerons régulièrement des sujets magazines, comme cet article paru dans notre dernier numéro (dans tous les sens du terme), le 150.

Texte & photos: Matt Georges

“Ça y est, c’est enfin le départ ! Nous nous sommes entrainés depuis quatre longues années (ou presque). Nous sommes plus que prêts à montrer qu’on est de vrais champions, enfin surtout eux…”

“Tout a été organisé par Victor De Le Rue : l’office du tourisme de Prali, petite station piémontaise, nous attend avec nos pass. L’arrivée dans le village olympique se fait sous la neige, la pression monte. Nous ne croisons personne, aucune autre équipe, aucune autre délégation. C’est bizarre… Pourtant les anneaux olympiques sont bel et bien là, imposant, enchevêtrés les uns dans les autres comme une grosse partouze des patrons du CIO ! Nous essayons de dessiner les mêmes, à l’aide de notre frein à main et nos quatre pneus, sur la route parsemée de neige fraiche. Ce logo est beaucoup trop complexe, et le ravin ne nous dit rien qui vaille…

Chaque mètre parcouru dans cette ville fantôme amplifie ce sentiment de solitude. Aucun fan, aucun public, aucune banderole aux messages d’amour… Absolument rien pour nous accueillir, nous, futurs champions olympiques ! Ah tiens, il y a de la lumière dans ce bar… Autour d’un ristretto, nous entamons la conversation avec le patron des lieux, tout aussi poussiéreux que les vieux trophées qui traînent sur le comptoir. La télé crépite dans le fond. Nous reconnaissons notre hymne national, « La Marseillaise » et nous réalisons que nous sommes en train de louper le début de la cérémonie d’ouverture ! Bon sang mais c’est bien sûr, les rues sont vides car tout le monde est déjà là-bas ! Foutu décalage horaire, on est vraiment à la bourre. Nous engloutissons la première et dernière gorgée de notre café et filons à l’anglaise trouver le stade « Sotchi », comme c’était indiqué à la télévision.

 

VDLR earning his airtime. Photo: Matt Georges

« Non mais les jeunes… les JO ici, c’était il y a 8 ans… en 2006 ! » nous balance au visage une mamie, expliquant qu’il n’y avait aucun stade « Sotchi » ici et que l’on devait confondre avec la Russie. Nous réalisons enfin la supercherie… On aurait dû se méfier dès le début. Pourtant « Sotchi » rime bien avec « Spaghetti », qui rime avec « Prali » et « Italie »… On s’est fait avoir comme des bleus !

Nous allons nous coucher, penauds. Heureusement la nourriture est bonne. Puisque nous sommes ici, autant en profiter, il neige, nous décidons donc d’organiser nos contre-olympiades ! Pas de règles, pas d’horaires, pas de staff technique, pas de juges foireux, pas de notes, pas de journaleux amateurs de France TV, bref le pied ! Au petit matin, nous récupérons nos pass, puis nous apprenons au détour d’une conversation qu’en fait la station est fermée et que les remontées mécaniques ne fonctionnent pas la semaine. Ils sont bons quant même à l’office du tourisme… Je crois qu’ils ont juste oublié de nous le préciser.

PIEMONT & PARC NATIONAL DU GRAND PARADIS

Avec un nom comme ça, « Parc National du Grand Paradis », nous sommes gonflés à bloc, plein d’espoirs pour les jours suivants, même si nous essuyons difficilement ce double échec : celui des Jeux Olympiques ratés et celui de nos forfaits de ski inutilisables ou plutôt inutiles. Nous repérons le début des pistes de ski de fond et biathlon et décidons de marcher vers l’inconnu à la conquête de spots. Quelques litres de sueurs et kilomètres plus tard, nous tombons par hasard sur de belles lignes de pillows, il neige des pièces de deux Euros depuis des heures et il est très difficile de se déplacer. C’est très profond, parfois même jusqu’aux épaules. Je tombe dans un trou d’arbre et me retrouve 2 mètres plus bas !
Nous shootons ici pour « Heavy Mental » d’Absinthe, avec Victor De Le Rue et Victor Daviet, puis Thomas Delfino qui nous a rejoint avec un des filmeurs d’Almo. Double crew donc, avec une belle brochette de cette belle génération française casseuse de spots ! Nous ne croisons pas grand monde ce jour-là, apparemment les italiens n’ont pas beaucoup de vacances, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Nous enchaînons les journées de mauvais temps mais un bon plat de pâtes al dente nous remet les pendules à l’heure tous les soirs. La neige est légère et nous tenterons des photos à l’intérieur du nuage de poudre, un peu à la manière des photos de surf dans le tube.

Il neige non-stop pendant quelques jours, puis arrive enfin le samedi et le soleil pointe le bout de son nez, accompagné d’une horde de skieurs prêt à en découdre et faire des battles de godilles en bordure des pistes. Nous ne sommes pas trop inquiet pour les zones vierges, la culture du ski alpin est très ancrée, et peu sortent s’aventurer en dehors des sentiers battus. Ici, nous sommes en Italie et le hors-piste est très réglementé, voire totalement interdit dans de nombreuses stations. Pour ne pas finir chez  les carabiniers, il faut passer sous les filets sans être vu par les pisteurs. Les amendes sont parfois salées ! Paradoxalement, et contrairement à la France, il est possible de faire des déposes en hélico sur la majeure partie des sommets. On reviendra d’ailleurs sur cet épisode un peu plus tard.

Sur la carte de la station figure une zone parsemée de dizaines de lacs. Un snowboardeur local nous conseille d’aller y faire un tour. Apparemment c’est à quelques heures de marche et il faut traverser une vallée entière assez exposée. A priori ça vaudrait le coup, personne ne va si loin, surtout que la station en elle-même ne possède que deux télésièges, non débrayables. Tiens en parlant de télésiège, le deuxième n’était toujours pas ouvert à 10h ce samedi matin… Nous sommes contraint de boire des cafés très serrés et d’enchainer les runs de poudreuses pour patienter un peu. Vie de merde ! Nous voilà enfin arrivés au sommet de la station. Il est presque midi et pourtant nous étions les premiers ce matin. Tout prend malheureusement toujours un peu de temps ici, il va falloir s’y habituer. La zone des lacs est visible depuis l’autre côté de la vallée, mais avec toute cette neige fraîchement tombée, on hésite à faire la traversée. Tout ça a l’air un peu sketchy, d’autant que c’est déjà bien au soleil depuis quelques heures. En serrant un peu les fesses et avec une bonne « straight line full speed » ça devrait passer, ça a quand même l’air top là-bas.

Back 180 from Daviet. Photo: Matt Georges

La montée au sommet sera une autre histoire et ceux qui ont oubliés leurs raquettes arriveront une bonne heure plus tard, prêt à faire la sieste. La zone est vraiment étendue et il y a de quoi faire. Notre seul ennemi ici est le soleil, qui tape fort. Il va falloir prendre les bonnes décisions rapidement, pour profiter de la neige fraîche qui se transforme à vue d’œil, puis dégager des parties trop ouvertes et exposées, donc risquées. Nous shooterons les spots à l’ombre, des bons dômes à kicker, les prochains jours, lorsque l’on aura fini d’exploiter ceux qui cuisent le plus rapidement.

Le retour sera long et pleins d’embuches à la nuit tombée. C’est souvent dans ces moments là, après une grosse journée passée en backcountry, que les blessures peuvent arriver. Tout le monde est sec. Nous terminons avec trente minutes de marche afin rejoindre le parking. Il est presque 20h, personne ne s’est perdu dans le snake run interminable depuis le sommet.

RÉVEIL DIFFICILE 

On parle souvent de familles entières mortes d’asphyxie au monoxyde de carbone à cause d’un poêle mal entretenu, mais parle-t-on assez des crews de snowboardeurs en lente agonie à cause de dizaines de boots humides et puantes qui jonchent le sol de leur appartement des heures durant, au retour d’une longue journée de ride ?

Aujourd’hui gros kicker en perspective ! Nous arrivons dans la zone, plein d’entrain, et shapons pendant des heures. Le vent se lève et souffle tellement fort que nous devrons changer nos plans pour la journée. Nous irons dans une autre zone, jonchée de vestige de la deuxième guerre mondiale. C’est une zone d’ombre très noire et les bourrasques s’enchainent. On se croirait dans le Royaume du Mordor dans Le Seigneur des Anneaux.

Sur le retour, toujours à la nuit tombée, un des filmeurs se trompe de route dans la pénombre et tombe dans une rivière. Le même qui n’avait pas de raquette le jour précédent. Le pauvre, il est complètement cuit, et son sac pèse vraiment une tonne.

Nous revenons le lendemain, il y a des plaques à vent un peu partout et il faut faire attention. Nos traces ont toutes été recouvertes et nous peinons à les retrouver. Tout le monde est prêt, bien placé, Victor De Le Rue a perdu au Shifumi, il devra y aller en premier. Nous avions marché deux bonnes heures et étions certains d’être tranquille dans cette zone quand soudain, au moment d’attaquer la session, un hélicoptère sort de nulle part, juste derrière notre dôme.

Ce n’est pas Travis Rice, mais 8 touristes prêts à dessiner des « S » dans notre landing. Tout le monde est éparpillé dans la montagne, impossible de stopper cette horde de chiens enragés. L’hélico repart dans la foulée et revient aussi sec déposer un autre groupe de 8 personnes juste au dessus de nous. La zone étant déjà un peu exposée, tout le monde dans le crew commence à flipper. Espérons que la montagne ne cédera pas sous les godilles de nos 16 Jean-Claude Duss. Piètre consolation, le guide est français et s’excuse platement d’avoir ramené autant de monde dans notre zone. Ils repartent finalement dans la direction opposée et Victor peut en découdre enfin avec son first try : un gros 360 Front de l’espace. La session est lancée !

Le lendemain nous shapons un autre kicker, un peu plus fat, Victor, toujours De Le Rue, sort pour l’occaz une magnifique tenue de porcinet, et passera d’ailleurs sa journée à sauter comme un gros porc. Un petit revival de JP Solberg dans « Transcendence », célèbre opus d’Absinthe, ça fait toujours plaisir à voir ! Un beau cailloux apparaît en plein dans le landing, après quelques galipettes de Daviet. Pas de bobo mais ça met un bon coup de froid à la session. VDLR tient à essayer un nouveau trick même si la réception ressemble à un champ de bataille, avec en prime ce nouvel obstacle. Il est con ce Victor, c’est vraiment un Pyrénéen : il oublie tout le temps d’attacher son deuxième pied, et nous congratule d’un One Foot de 30 mètres, déguisé en cochon Halal !

Notre contre-Olympiade touche à sa fin. Personne n’a eu de médaille, de contrôle antidopage, d’interview de Nelson Monfort ou de standing ovation. Juste de bonnes grosses journées de gavage dans la poudreuse piémontaise, loin des foules et de la gloire. Nous resterons quelques jours de plus, avec Victor De Le Rue seulement, à explorer les vestiges olympiques d’il y a huit ans.

La cérémonie de clôture se fera autour d’une bière et d’un verre de Grappa, dans le bar découvert le jour de notre arrivée, deux semaines auparavant.  La poussière est toujours là, le patron des lieux n’a pas bougé non plus. Ici, dans ce petit village italien, au fin fond du Piémont, le temps est figé, tout comme les complexes olympiques des Jeux de Turin, laissés à l’abandon. Et ceux de Sotchi connaissent d’ores et déjà le même sort… Oui, la vérité est ailleurs, mes amis !”

Classic Method. Deflno gets dix points from us for this effort. Photo: Matt Georges

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