INTERVIEW: Victor Daviet, GENTLEMAN RIDER - Onboard Magazine FR

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Victor Daviet, Gentleman Rider

Si seulement Victor avait décidé de faire du contest, il n'aurait pas à se taper des spots pourris au coucher du soleil... Switch back 5 en Suisse. Photo: Perly

Victor Daviet fait l’unanimité. Pour ses potes de ride, il est le moteur positif qui embellit les sessions et met toujours une bonne vibe. Pour les observateurs dont nous sommes, il allie technicité et amplitude en backcountry, et n’en finit pas de progresser, saison après saison. Mais qui va l’arrêter ?

Interview réalisée en 2014 par Youri Barnéoud.

OB: Je te connais tellement bien que j’ai presque envie de faire la grande classique pour ceux qui n’ont pas la même chance que moi : tes débuts ?

VD: Je suis né à Lyon mais j’ai toujours habité à Gap dans les Alpes du Sud. J’étais proche des stations ou ma mère et ma marraine faisaient du snowboard. J’ai donc rapidement été amené à essayer, à Réallon pour la première, en chaussures de ski comme il se doit. Et depuis je n’ai jamais arrêté, avec les potes du crew de Gap.

Et oui, le fameux crew Atmosphère ! Et puis le sport-études aussi ?

C’est ça, Atmo crew : Bruno Rivoire, Brynild Vuilin , Gaby Bessy, JJ Roux, Ben Thomas-Javid aussi qui a le même âge que moi, donc un peu plus jeune que les autres… Le boss Laurent Jaubert, qui a cru en nous tout de suite, a été notre premier sponsor et soutien. Ça nous a boosté à fond avec le club de Merlette et Gaëtan Demard. Les petites compètes ont commencé, et le sport-études à Villard-de-Lans s’en est suivi.

La question que je me suis toujours posé sur vous, sur ce crew, c’est quel fut le déclic qui vous a tous fait passer du statut de bon rider à celui de pro rider, en quelque sorte ?

Je crois qu’on peut plus parler d’étapes que de déclic. Ces étapes nous ont tous amené à rider à fond, entre nous la plupart du temps. Le crew Almo c’était une vraie famille quoi ! On a tous évolué ensemble. Ensuite en sport-études j’ai ridé avec plus de monde évidemment, mais la base de la motivation, c’était pareil : rider entre potes et s’amuser. Et puis c’est vrai qu’on se sentait très entouré à Villard, on ridait beaucoup et il y avait en plus les entraînements physiques, chose que je ne connaissais pas du tout! Ahah !

C’est vrai, je ne t’y vois pas trop là !

C’est clair, c’est pas mon truc, comme tout ce qui est compètes ou fédé d’ailleurs… Mais disons que ce fut le passage obligé pour rider à fond, continuer mes études, progresser, et même commencer à shooter dès le lycée. Mais j’ai vite compris que les compètes c’était pas pour moi, même si j’avais eu de bons résultats jusque là. C’est quand j’ai fait comprendre à la fédé que je ne serai jamais champion olympique de halfpipe, et que moi ce que je voulais c’était aller shooter avec mes potes, que les sponsors ont pris le relai si on peut dire. Rip Curl en particulier, où je me suis retrouvé avec Victor De Le Rue, à shooter assez rapidement du backcountry. Notre sponsor principal (à cette époque, ndlr) nous a bien poussé à filmer à fond, avec les vidéos Welcome Home, c’était vraiment ce qu’on voulait faire.

 

Et si je te demande de regarder en arrière et faire le bilan de ces débuts, qu’est-ce que tu changerais ? Ou est-ce que ça a exactement pris la direction que tu souhaitais ?

Oui, mais je ne pensais pas que ça en arriverait là honnêtement, ahah ! Tu me demandes ça pile au moment où je vais peut-être signer avec des grosses prods vidéo, et ça j’y pensais même pas quand j’étais gamin. J’étais tellement fan des Vivid, More, Robotfood…

Ok tu vas shooter avec Absinthe alors cet hiver ?

Ahah non, pour l’instant rien n’est fait, mais Salomon me pousse dans ce sens et c’est tout à fait ce que je recherche. Donc pour répondre à ta question je crois que ça s’est plutôt bien passé jusqu’à présent. En tout cas ça prend la direction dont j’ai toujours rêvé. Vous en saurez plus à l’automne !

Bon en plus tu me fais les transitions c’est génial, je voulais te demander : quand tu vas arriver dans une grosse prod justement, quel snowboard auras-tu envie de montrer et de promouvoir ?

Moi ce que j’ai envie de montrer, c’est clair, c’est le snowboard entre potes. C’est comme ça que j’ai toujours vu le snow. Par exemple cet hiver j’ai passé beaucoup de temps avec Victor De Le Rue et Thomas Delfino, on trippait complètement mais en même temps on ridait vraiment véner, et c’est comme ça que ça a toujours bien marché. Ils voient aussi le snow comme ça et la saison a été particulièrement bonne.

Justement, ça s’est passé comment avec Almo cette saison ?

Très bien, ça fait ma deuxième année avec le crew Almo, après la géniale aventure Harakiri avec tous mes potes des débuts. Ça tourne autour du team Salomon, on ride beaucoup ensemble, avec quelques riders en plus. On est maintenant une bonne bande de potes, on s’est bien marrés et je crois que ça va se voir dans la vidéo. Dans cette bonne ambiance, on a tous un peu passé un cap, autant au niveau du ride que de la production, et ça va se voir aussi je pense. En tout cas même si je shoote avec une grosse prod cet hiver, je trouverai le temps pour Almo. Et faire des podcasts avec A Branler aussi, ce serait le top.

Le gros trip de l’année c’était la Russie, c’est ça ?

Oui on est parti faire de la dépose. Premier trip hélico avec Thomas Delfino et David Livet. Très bonne expérience, ça m’a rappelé un peu le Kazakhstan, ou on est allé ensemble, ahah ! On a aussi beaucoup ridé en France car il faut dire que les conditions étaient parfaites chez nous. Toute la saison fut dantesque.

Et dans ce snowboard que tu veux montrer, les voyages tiennent-ils une place importante également, ou tu es plus focalisé sur le fait de produire de belles images, peu importe où tu te trouves ?

Ah c’est clair que les voyages ça fait partie du jeu, et c’est même le gros bonus du snowboard. Mes potes de lycée par exemple, ils n’ont pas eu la chance de faire le quart des voyages que j’ai fait, et le seul truc qui m’a permis de faire ça, c’est le snow. Je pense qu’une fois que j’aurai arrêté, l’une des choses les plus importante qui restera, ce sont tous ces voyages.

Et ton meilleur trip alors, ça serait quoi à l’heure d’aujourd’hui ?

Au niveau de l’expérience de vie, c’est sans hésiter le Kazakhstan l’année dernière. Il y a eu des vagues d’expériences très positives, très négatives aussi, on a un peu tout eu sur ce trip et il restera inoubliable. Maintenant au niveau snowboard pur, sur cette dernière saison il y en a eu vraiment de très bons aussi. Le mois qu’on a pensé ensemble en France avec Thomas et Victor, il y a eu beaucoup de moment forts et je crois qu’on a tous vraiment bien progressé.

Alors restons en France et discutons un peu des parks : comment vois-tu l’évolution, ou le manque d’évolution, des parks en France ?

C’est vrai que même quand on fait beaucoup de backcountry, le passage au park est obligatoire, si tu ne fais pas de park du n’arriveras pas à plaquer tes tricks en backcountry. Donc tous les débuts de saison, on part en Autriche avec le crew A Branler. On fait toujours beaucoup de park, souvent jusqu’en janvier. Alors maintenant pour ce qui est de la France, ça n’a jamais été la folie. J’ai la chance d’habiter dans les Alpes du Sud du coup il y a Vars pas loin. Mais il n’y a que quelques bons parks en France pour s’entraîner : Avoriaz, Val Thorens, Chamrousse, Méribel… Là je suis aux 2 Alpes, il y a ce qu’il faut, 15 shapers et tout, mais encore une fois, ça ne marche pas vraiment…

Est-ce que tu vois un lien entre le manque de bons parks en France et le tout petit nombre de riders français au plus haut niveau ?

C’est sûr que quand on compare avec les scandinaves ou les américains, qui y mettent vraiment les moyens, on est loin derrière. Du coup, on a très peu de bons riders de park. À part Enzo Nilo et Boris Mouton, peu arrivent à décoller. Et ça va être très dur de rattraper ce retard.

Qu’est-ce qu’il faudrait tu penses ?

Aller s’entraîner à l’étranger, ahah ! Franchement il n’y a aucune structure appropriée chez nous, pas de club approprié, peu de parks pour progresser… C’est pas gagné. Pas mal d’étrangers ont un meilleur niveau en park, c’est évident.

Ça nous amène un peu à parler de la spécialisation dans le snow. Il semblerait que l’on doive choisir de plus en plus tôt entre compète et filming, ou même entre slopestyle, pipe ou jib. Comment vois-tu cette évolution ?

Forcément le niveau est devenu tellement haut dans chaque discipline, que les riders n’ont pas vraiment la possibilité de s’attarder à faire plein de choses, ils doivent se concentrer sur un truc. En même temps si c’est pour se concentrer sur la chose que tu aimes le plus, c’est peut-être pas si mal. Quelques riders arrivent encore à performer dans plusieurs disciplines, mais c’est rare.

Moi l’ancien, je me rappelle quand on interviewait les légendes de l’époque, une chose revenait systématiquement dans leur bouche, c’était la polyvalence, pouvoir tout rider à fond. C’était vraiment ce qui caractérisait un grand rider, une star, par rapport à un rider lambda. Tu en penses quoi aujourd’hui ?

C’est sûr qu’un très bon rider doit savoir tout rider. Mais si tu veux être le meilleur dans ta discipline aujourd’hui, il faut que tu te focalises sur un truc.

Mais si à l’époque on voyait un grand rider à sa polyvalence, à quoi voit-on un grand rider aujourd’hui ?

Pour moi un grand rider, c’est quelqu’un qui dégage quelque chose de fort dans son ride. Peu importe la discipline, son style et ses tricks doivent faire la différence. Mais franchement je crois qu’il y a encore moyen de faire un peu de tout, comme ce que j’essaie de faire. Tant qu’on ne cherche pas à être le meilleur dans une discipline, c’est toujours jouable.

Quel serait le trait commun aux riders qui t’inspirent aujourd’hui, ou qui t’ont inspiré par le passé ?

Encore une fois, je crois que c’est le style, la fluidité, ce que le rider dégage. Ceux qui m’inspirent, ce sont des gars comme Blauvelt, on le sent tellement agile dans la pow, il fait des butters dans tous les sens, et c’est pas les mêmes butters que les autres.

Si tu avais un crew de rider rêvé pour rider, qui serait là ?

J’adore trop rider avec mes potes donc ça serait mes potes ! Après les riders qui me font rêver ? J’aime beaucoup Blauvelt, Kokubo, les Jacksons, Gigi, Danny Kass, Mikkel Bang… Mais mon crew rêvé, ça restera mes potes !

Est-ce que certains riders de contest trouvent grâce à tes yeux au niveau de leur style ?

Oui il y a des riders de contests qui ont un bon style, bien sûr. Je suis juste moins sensible à ça sans doute. Mais je respecte leur ride et leur choix.

Et les JO, c’est respectable, ou non ?

Oui pourquoi pas, ce n’est pas du tout mon optique, mais si certains se retrouvent là-dedans… Si je faisais les JO, se serait peut-être pour la famille, ça touche le grand public du coup tout le monde se sens un peu concerné. Mais vu mes expériences avec la fédé, j’aurais du mal… Représenter la France dans une compétition, pourquoi pas, mais représenter cette équipe de bras cassés, non merci !

Revenons donc au backcountry : comment arrive-t-on à se fixer des objectifs précis dans la saison quand le projet principal est de shooter ? Et est-ce que l’on doit vraiment se fixer des objectifs d’ailleurs ?

Je crois que pour se motiver il faut des objectifs, c’est sûr. Mon objectif à court terme, c’est toujours de progresser dans mes tricks par rapport au terrain que je ride, la taille des kickers, la créativité. Même si ce sont des objectifs un peu flous peut-être, je sais quel type de spots j’aimerais trouver dans la saison, quels tricks j’aimerais faire.

Entre poser un nouveau trick, ou poser un trick énorme, qu’est-ce qui te procure les meilleures sensations ?

Les deux procurent de belles sensations, surtout s’il l’on parle uniquement de backcountry. C’est toujours un bonheur intense et de bons cris de joie. Cette saison j’ai plaqué pas mal de nouveaux tricks dont je me croyais incapable, genre Cab Double Cork, ou Triple Backflip, ou Front 1080 Double Cork First Try, ces instants-là sont magiques.

C’est vrai que beaucoup t’ont plus vu du côté style et amplitude que du côté technique, ce n’était donc pas une préférence de ta part ?

Je trouve que c’est un peu l’évolution logique. Mais il n’y a pas que ça. J’aime toujours autant les gros tricks amples. Par exemple cet hiver après un Triple Backflip, j’ai enchaîné avec un 180 Back no grab et un 360 Front. Le style je trouve que c’est le plus important, après pourquoi pas rajouter un peu des tricks techniques, c’est parfait de pouvoir allier les deux. Mais ce n’est pas une priorité pour moi de faire des tas de pirouettes. Et si les vols ne sont pas assez importants, ça ne m’intéresse pas trop non plus. J’aime vraiment m’envoyer en l’air, ça c’est sûr ! En fait c’est souvent l’airtime que va te procurer le jump qui conditionne ce que tu as envie de tenter dessus.

Comme tu l’as expliqué en début d’interview, tu as toujours souhaité allier snow et études, tu en es où aujourd’hui ?

Après le lycée spécialisé à Villard j’ai intégré l’IUT d’Annecy, où la plupart des snowboarders français se retrouvent d’ailleurs. À la suite de ça j’avais pas vraiment envie de m’arrêter, j’aime bien faire fonctionner les méninges et aller à l’école, je trouve que c’est un bon équilibre, sans forcément penser à assurer mon avenir, mais c’est quelque chose qui me plait. Du coup j’ai commencé une licence de commerce international. Je suis en classe avec Johann Baisamy. Ça se passe sur 2 ans, intensif au mois de mai et juin, on étale les années. J’aurai fini ma licence en septembre 2014.

On a parlé un peu de préparation mais comment se passent les intersaisons pour toi ? Tu es du genre à déconnecter totalement, ou à tenter de rester dans le bain?

J’aime vraiment déconnecter, parfois même durant la saison. C’est important de penser un peu à autre chose, rencontrer d’autres personnes. Et puis l’été je suis un gros fan de surf alors c’est un passage presque obligé ! J’aime aussi faire un peu de park l’été, mais deux semaines par-çi par-là, ça me va. Si tu veux, je me sens très bien dans le milieu du snow, mais il est assez fermé donc il faut savoir s’aérer un peu.

Et la photo, c’est aussi un moyen de déconnecter ? Tu es assez doué en plus !

La photo argentique, tu pourrais dire ! Mes potes photographes Rémi Petit et Jérôme Tanon m’ont un peu formaté je crois. Je les remercie au passage. Je fais rarement des photos de snow, c’est plus du lifestyle en ville, des paysages, les voyages… C’est un moyen de se concentrer sur autre chose aussi, oui.

Cool mec, des remerciements ?

Je tiens grandement à remercier ma maman, mon papa, mon frère, toute ma famille, ma petite amie, mes pôtes, Almo Film, Harakiri Prod, le ABranlerCrew, la montagne et la poudre qu’elle nous offre, les magrets de canard, le gateau à la framboise de papi et bien sur mes sponsors : Salomon Snowboards, Dakine, Smith, Nixon, Glisshop, P.A.G nkw.

NB: Cette interview a été réalisée pour le magazine Onboard l’an dernier. Le projet vidéo principal de Victor cette année est le projet Transworld, dont nous vous parlerons très bientôt.

LA PART 2014/2015 DE VICTOR:

 

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