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Opinions

Contests 2016: Les Trucs qui nous ont énervé cette Saison

2016, année de la loose?

Photos de couverture : Shaun White & Ayumu Hirano par Gabe L’Heureux, Chloe Kim & Red Gerard par Peter Cirilli, Ed Leigh par Ed Blomfield

En cette année un peu particulière où l’on pourrait voir Donald “je pisse plus loin que toi” Trump devenir l’homme le plus puissant du monde (oh nooon!), l’implosion de l’union européenne sous le poids de la remise en cause de ses frontières (et de l’incompétence économique), tous les monuments historiques du Moyen Orient détruits par l’État Islamique, et la remise sur le marché par Nike de la Air Jordan V dans son coloris noir original, nous pensons que l’événement le plus significatif est le plus marquant de 2016 aura été le Burton US Open. On parle de snowboard, évidemment. Et en voici les raisons, dans un ordre un peu moins qu’aléatoire :

1.Seuls les Britanniques sont VISIBLEMENT capables de commenter le snowboard

Entre l’alter ego de ‘Monsieur Poudreuse’ Ed Leigh, presque star de la BBC depuis les JO de Sotchi, plus Tim Warwood et le moustachu conduisant une mini BMW Henry Jackson qui se ballade micro à la main sur tous les contest du monde, la prononciation typique des rosbifs se déploie dans le monde du snowboard à la vitesse d’une gastro-entérite canadienne.

Au vu du fait que lors des 20 années qui viennent de s’écouler les British n’aient rien eu de mieux à faire que du snowboard sur du plastique, c’est simplement extraordinaire qu’ils aient réussi à atteindre une telle dominance dans le monde du commentaire sportif sur le snowboard… Remarque, ce n’est pas l’incompétence notoire (et presque risible) des télés françaises en la matière qui va changer les choses. Car si l’on s’en est pris à maintes reprises à la nullité absolue de l’équipe de France Télévision, Patrick Montel en tête, que pourrait-on dire des chaînes ‘dites spécialisées’ comme MCS Extreme (“Extrêêême bro!”) qui ont jugé bon de mettre en guise de journaliste-commentateur, un pot de fleur en forme d’ancienne star de la télé-réalité qui ne connaît pas un seul trick, confond les riders à l’image, et fait des blancs d’une telle longueur qu’il pourrait postuler pour une chaîne de méditation. ils s’en sortent pourtant bien en surf avec des gens compétents, que se passe-t-il, les amis? Bref, la France et le snowboard, c’est aussi pourri à la télé que dans les institutions sportives.

Note aux rédacteurs-en-chef de télévision: savez-vous qu’il existe de vrais journalistes de snowboard, spécialisés là-dedans, qui seraient prêts à vous sortir de ce marasme pour des sommes qui pour l’audiovisuel correspondraient environ à une seconde et demie de Matthieu Delormeau sur NRJ 12?

Mais passons. Si les X-Games (qui eux savent s’entourer mieux qu’ils ne savent honorer leurs contrats) n’étaient pas totalement aveugles à quiconque ne provient pas des États-Unis et ne souhaite pas s’engager dans la marine américaine, seul Jack Mitrani, qui donne l’impression de constamment échafauder des stratagèmes pour trouver un moyen de glisser ses mains dans le pantalon de Silje Norendal, ferait l’affaire.

2. Le plus grand ‘fail’ (ou sacrifice) de tous les temps de tout l’univers depuis toujours, Shaun White le Messie

Shaun White a envoyé le message le plus clair et le plus puissant jamais délivré au monde… En tombant deux fois sur son premier rail lors du US Open Slopestyle. Des blaireaux, des hommes d’âge mûr et des roux partout (ces trois sous-ensembles de l’humanité ne sont pas exclusifs, je suis au courant) vont dorénavant bénéficier de cet acte d’altruisme sans égal, comme un sacrifice digne de Jésus. En se prenant une boîte, deux fois, à 20 m du départ, devant 100 millions de personnes sur Internet, il rend totalement acceptable le fait d’être bon dans un domaine (le pipe, ou la musique) et pas dans un autre (le park, ou la vie sociale).

“Cet acte de sacrifice sans égal nous prouve donc qu’il n’est rien de moins QUE LE FILS DE dieu.”

C’est une information (très certainement) plus importante pour l’humanité que le don de plusieurs millions de dollars de Bill Gates pour éradiquer la malaria ou même que l’ouverture d’une chaîne de McDonald’s en Corée du Nord. Quel héros… Il se donne la mort médiatique sur une barre métallique, afin que nous puissions tous être dans la rémission de nos péchés la plus totale lorsque nous ferons une faute de carre sur une box et que nous tomberons sur un gamin de quatre ans en train de faire un tail press juste devant nous. Cet acte de sacrifice sans égal nous prouve donc qu’il n’est rien de moins que le fils de Dieu.  Bien sûr, il a trouvé le moyen de ressusciter à 8 m au-dessus du coping d’un superpipe, avec des dizaines de personnes en train de voir l’envers de ses boules et de s’écrier « ooooh » d’en bas. Ce ne fut que sa rédemption, finalement.

“CeCI n’est pas un comeback”, posté par Olav vendredi 4 Mars 2016

“ça n’est toujours pas un comeback”

Posté OLAV VENDREDI 4 MARS 2016

3.En parlant des jeunes…

Pour notre génération (la seconde du snowboard, mais ça marche aussi pour la première), commencer le snowboard à l’âge de 16 ans, c’était déjà très jeune. Shaun Palmer était déjà un talent miniature, mais la plupart de nos idoles étaient au moins en mesure de conduire et d’acheter des clopes.

“Une figurine de jeux de rôle : Chloe Kim” Photo: Peter Cirilli

Aujourd’hui, on trouve le petit personnage en plastique Redmond Gerard, la personne miniature Judd “7 pommes dans un T-shirt mouillé et je défie les lois de la physique” Henkes et la figurine de jeux de rôle Chloe Kim. 15 ans putain! Voici les kids qui envoient sur un snowboard les tricks les plus solides dès l’âge de 15 ans, ou moins. Mais c’est quoi ce bordel ?

Il n’y a aucun sport au monde (vas-y, essaie d’en trouver un, je suis sûr que tu ne vas pas y arriver, même pas la gymnastique) ou des gosses de 15 ans peuvent vraiment concourir en compétition pour de la bonne grosse médaille d’or, et encore moins dominer un sport. En général, il y a toujours un bon vieux routier tout là-haut, qui dose tout le monde. Et bien en snowboard, de moins en moins.

Yuki Kadono, qui n’est techniquement même pas encore autorisé à boire une gorgée de bière, et qui appelle sa maman tous les soirs pour la remercier de lui avoir envoyé son déjeuner dans une petite boîte hermétique, peut par ailleurs balancer des 1440 comme toi tu mets ta langue dans la bouche d’une fille (chose qu’il n’a peut-être pas encore fait non plus d’ailleurs).

Mais où va-t-on ? Le monde part en couille… Bientôt les chiens feront des chats et les bédos seront interdits par la loi!

@juddhenkes 15 ans – le prochain @shaunwhite ? #snowboarding #talent #Repost @arthur_longo ・・・ Respect ! @juddhenkes made my @burtonusopen 2016

A video posted by Whitelines Snowboarding (@whitelines_snowboarding) on

4. Sponsorisé par Dubaï

Voici donc le moment le plus intense de l’année 2016. Un snowboarder se fait sponsorisé par Dubaï. Déjà le sponsor de la marine américaine aux X Games, ça nous rappelait bien qu’on était “au pays des grands libérateurs de notre monde”, mais là, c’est autre chose encore.

Le cloaque du consumérisme, baril de pétrole géant et plaqué or en étandard, où le seul moyen de se définir est de le faire par sa fortune, où la souplesse du cuir de ton sac à main est plus importante que le bien-être émotionnel de ton enfant et où les gens se mettent des choses en plastique dans le corps dans le vain espoir que cela les rendra plus attrayants auprès d’autres gens qui s’injectent du raticide dans le front, où tu te fais couper les mains si tu n’es pas d’accord avec le gouvernement et où, si tu es une femme, c’est juste beaucoup plus simple de rester à la maison… Oui, oui, c’est cet endroit précisément, qui sponsorise des snowboarders à présent. Terje, c’est mes yeux, ou quoi?

“Quand j’ai vu Niklas Mattsson avec le logo de Dubaï sur son casque, j’ai littéralement craché mon café et fait tomber mon sac par terre.”

On était déjà très surpris que ces soi-disant ‘core skaters’ endossent l’un des lieux les plus grotesquement capitalistes de la planète en échange d’avoir la liberté de faire des nose-blunts sur des ledges en marbre… Mais quand on a vu Niklas Mattsson avec le logo de Dubaï sur son casque, on s’est juste dit: pardonne-lui, il ne sait pas ce qu’il fait. Ou alors, il s’en bat les couilles. Quel est le pire?

Shaun White (alias Aslan Le Grand Lion) était sponsorisé par Target (qui vend du matériel de maison et des vêtements d’un certain prix) et s’est vraiment fait chambrer à l’infini sur les différents médias spécialisés. Mais Mattsson vend son âme au diable… Pour bien moins cher sans doute. Mais mon gars qu’est-ce que tu branles ? Reprends-toi. Où va-t-on ? Est-ce qu’on va finir par voir des mecs avec des stickers ‘Vive Assad’ ou “Guantanamo 4 Ever” sur leurs boards ? Même Jeremy Jones n’aurait peut-être pas osé!

Un dernier truc… Comme disait Steve Jobs. Le ‘judging’: quand va-t-on remettre à plat cette institution monolithique qui aboutit aujourd’hui à la conformité des tricks? Marre de voir des Triples 1440 Mute sur les Big Air quoi! Va-t-on réagir avant que l’on ne soit devenus le nouveau ski acro? Espérons que les couacs lamentables comme celui qui a eu lieu aux ‘Championnats du Monde de Snowboard’ en Chine, poussent ce système à la remise en question. Pour ceux qui auraient raté cet épisode, rappelons que Roope Tonteri a raté le podium suite à une erreur dans le jugement. Enfin, les juges sont humains, c’est plutôt le système qui est à revoir encore une fois. L’organisation a mangé le replay, du coup les juges ont dû scorer en se rappelant de ce qu’ils avaient vu! Et ce qu’ils n’ont pas vu, c’est que Kyle Mack n’a pas grabé son triple 14. La WST va rendre le replay obligatoire sur tous les contests élite… En attendant le classement est faussé, et le silence de Kyle Mack (bénéficiaire de l’erreur) reste assourdissant.

Bref, comme on le disais, dans 50 ans, quand le monde aura évolué et qu’on se penchera à nouveau sur l’année 2016 dans les livres d’histoire qu’on aura gardés dans les abris atomiques dans lesquels nous vivrons en bouffant de la merde déshydratée, on s’en souviendra très clairement. Des British parlant de petits personnages en plastique sponsorisés par des barons du pétrole, et le seigneur Jésus White donnant sa vie pour que l’on puisse tous être sauvés.

Du vrai travail d’historien quoi.

Amen.

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