Noah Salasnek - Maître des Transitions - Onboard Magazine FR

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Noah Salasnek – Maître des Transitions

Hommage à une légende de Tahoe, passé du skate au snowboard

Eté 2016: un message poignant est envoyé à toute l’industrie médusée par son ami Sean Sullivan.

“À tous mes amis du monde du skate et du snow… Je suis très attristé de partager avec vous une terrible nouvelle. J’ai récemment appris que notre légendaire frère de shred Noah Salasnek est en phase terminale d’un cancer, et qu’il est peut-être en train de vivre ses derniers instants avec nous. Pour tous ceux qui le pense utile, je suggère que nous priions, ou envoyions nos pensées les plus positives, vers lui et sa famille.”

Jon Baiocchi, un autre de ses proches, partageait ces derniers jours ce message sur sa page Facebook: “Il m’a fallu plusieurs jours pour digérer la nouvelle, et encore aujourd’hui j’ai du mal à le croire. Noah souffre d’un cancer de stade 4. Incroyable, et pourtant j’ai connu ça auparavant, ayant perdu mes parents prématurément à cause du cancer. Une conséquence terrible du monde industriel de merde dans lequel nous vivons. Donnons tous la force que nous avons en nous à cet incroyable être humain, le plus talentueux qu’il m’ait été donné de rencontrer”.

Le 19 avril 2017, nous apprenons sa disparition. Il aura lutté jusqu’au bout. Parmi ses plus proches soutiens, certains ont eu la bonne idée de lancer une collecte de fonds, pour au moins soulager Noah de certains soucis financiers auxquels il fut en plus confronté. La couverture santé aux USA, ce n’est pas le paradis, et certaines factures sont très élevées. L’aide fut grande atour de lui, et une fois de plus le monde du snow a montré sa solidarité.

Nous tenions en outre à notre humble niveau, à nous associer à cet élan et ses pensées positives, qui l’ont porté jusque dans son dernier souffle. Une légende s’en est allée, retour sur une carrière, et un style, exceptionnels.

Texte: Matt Barr / Photos: Dano Pendygrasse

À en juger par le battage médiatique qui s’en est suivi, tu es tout excusé d’avoir cru que Shaun White était le premier à avoir été pro en skate et en snow. Mais tu l’as déjà compris, ce n’est pas le cas! Alors que le snow en était à ses débuts, avant même qu’il soit médiatisé ou à la mode, certains skaters américains s’étaient déjà penché sur son berceau. On nommera notamment Steve Caballero bien sûr, (l’inventeur du Cab), mais aussi John Cardiel, qui creva l’écran dans Riders on the Storm. Ou même un Danny Way, lui aussi en mode snowboard dans la vidéo Plan B Questionable.

Mais le premier à avoir vraiment mixé les 2 au même niveau et avoir fait sa carrière à cheval sur les 2 disciplines, c’est Noah Salasnek. JP Walker parle ainsi de son idôle:

“Il fut le premier mec que j’ai regardé rider. Je me rappelle de sa part dans Critical Condition – je trouvais que ce mec ridait bien mieux que les autres, et que son style était juste trop parfait. Je voulais coper ce style, tout faire comme lui, et en plus ça a duré longtemps! Bref j’étais à fond!”

Noah fut aussi l'un des premiers à amener le freestyle en pow. Mt Bachelor, 1992

Et c’est vrai, toutes les discussions autour de Noah Salasnek vont automatiquement faire s’élever un mot: ‘style’. Car malgré son relatif manque de notoriété dans le milieu, même à l’époque, comparé à d’autres légendes du snow, Noah a profondément marqué l’histoire du snow. Son importance est déterminante pour expliquer l’évolution de notre sport, et surtout l’importance du style et de la personnalité dans notre sport. D’ailleurs, ce n’était pas juste un sport. Le lifestyle snowboard, ce sont eux qui l’ont inventé. Et il a bel et bien existé – même si certains considère aujourd’hui qu’il est bel et bien mort et enterré. Le fait même de rider de côté conférait à ses adeptes une particularité singulière par rapport “aux autres”, ceux qui glissent de face depuis des décennies sans jamais rien inventer de plus. C’était aussi l’époque des baggy et des couleurs de toutes sortes, mais là aussi ce n’était finalement qu’un signe supplémentaire de la singularité du snow, de son côté résolument et définitivement individualiste. Checke un peu la dégaine de la star d’alors, Damian Sanders.

“Les gens pensent que l’on naît avec du style ou pas. C’est faux, j’ai beaucoup travaillé le mien pour y arriver”

Avec son style reconnaissable entre mille – les genoux serrés comme dans la rampe de skate – Noah Salasnek a créé ce pont indestructible entre le skate et le snow. Et ses propres choix individuels allaient définitivement imprimer la direction à ce sport. Un sport qui est donc bien plus que ça, car il sublime la personnalité à travers un style, et dans son cas une maîtrise tout en facilité.

Breckenridge, 1993, et le baggy qui va bien

Ce petit gars du nord de la Californie a commencé à se faire remarquer au milieu des années 80. Après avoir commencé le skate à l’âge de 6 ans, il a commencé à être sponsorisé par un shop local dès ses 11 ans, puis directement après par un premier vrai sponsor, H-Street. Ce fut le début d’une belle et jeune carrière en rampe, vissé sur ses pro models chez H-Street et Life Skateboards.

Noah aurait très bien pu faire toute une carrière comme skateur, mais le snow est arrivé… Et en habitant à Tahoe, le coup de foudre était donc inévitable. D’autant qu’un autre local de Tahoe était tout aussi motivé et en avance: Chris Roach.

“Pour moi, Chris Roach possède le style le plus cool, et Noah Salasnek est le meilleur rider tout terrain” décrit Trevor Cushing, réalisateur des documentaires VBS ‘Powder and Rails’ sur l’histoire du snowboard. “Et ce qui est sûr, c’est que ces deux mecs ont creusé tous les sillons que les pros exploitent encore aujourd’hui. Ils ont cherché tout de suite à en faire quelque chose de très créatif, basé sur le style, et cela a été le moteur de toute leur carrière.” Noah l’a d’une certaine manière confirmé à sa manière dans une interview: “les gens pensent que l’on naît avec du style ou pas. C’est faux, j’ai beaucoup travaillé le mien pour y arriver”.

Peut-être sa photo la plus connue, avec son fameux pro model Sims. Squaw Valley, 1993
Qui tweake comme ça de nos jours?

De ses débuts à Tahoe à ses débuts chez Sims Snowboards, il ne s’est pas écoulé beaucoup de temps. Certes, il était aisé d’être sponsorisé à l’époque, tant il y avait peu de candidats pour ce sport naissant. Mais d’un autre côté, sa facilité et son style ont déjà à l’époque marqué les esprits. Au passage, il garda son sponsor principal toute sa carrière, un sacré signe de respect mutuel! Noah fut d’ailleurs l’un des riders les plus touchés et les plus reconnaissants lorsque Tom Sims s’est éteint en 2012. Le pro model Salasnek avec les trucks sous la semelle reste l’un des plus beaux bijoux du snow à l’heure actuelle, et vaut son pesant de cacahuètes…

Mais un événement encore plus important qu’un sponsor allait arriver: l’amitié de Noah avec Mike ‘Mack Dawg’ McEntire. Ils s’étaient rencontré alors que ‘Mouse’ filmait quelques projets vidéos pour H-Street, et le vidéaste avait déjà un œil très critique sur le freestyle à l’époque, lui reprochant d’un peu tourner en rond. “Au début du snow, personne ne se souciait du style, c’était une sorte de défouloir pour skateurs ou de sympathique nouveauté pour ceux qui n’avaient jamais eu la patience de se mettre au ski” lace-t-il, acerbe. “Et puis quelques individus ont commencé à s’y intéresser, comme Terry Kidwell ou Craig Kelly. La plupart des autres étaient en fait assez mauvais, comparé à ce que je filmais en skate avec Matt Hensley et Noah, alors tu vois un peu la révolution quand Salasnek est arrivé dans ce bordel!”

“Sans Noah Salasnek, il n’y aurait sans doute pas eu de films Mack Dawg dans le snowboard. Difficile à imaginer!”

C’est d’ailleurs Salasnek qui demanda formellement à McEntire de filmer sa part dans Hokus Pokus. “En fait j’ai commencé le snow avec Noah, et j’ai adoré. Lui et Roach ont rapidement fait des trucs étonnants, et surtout esthétiques, du niveau de ce qu’ils faisaient en skate. Alors ça m’a donné définitivement envie de shooter du snow.” En d’autres termes, sans Noah Salasnek, il n’y aurait sans doute pas eu de films Mack Dawg dans le snowboard. Difficile à imaginer!

Ses premières apparitions dans les vidéos MDP, comme New Kids on the Twock ou Pocahontas marquèrent un tournant brutal dans ce qui se faisait à l’époque. D’un seul coup, tout était nouveau: les tricks, les attitudes, les tweaks, les looks! Avec ses cheveux décolorés et son mini-bouc, Salasnek “bonkait tout sur son passage et faisait des butters comme personne” se souvient JP Walker. Noah s’est ensuite concentré sur les rotations. Les tournicotis dégueulasses qu’on voyait régulièrement à l’époque (il faut bien le dire) sont devenus plus smooth et plus esthétiques. Grâce à cette attitude qui consistait à toujours avoir à l’esprit le mot ‘freestyle’, qui était pour lui l’opposé du mot ‘déplacement’. Un skieur se déplace sur ses skis, d’un point A à un point B. Un snowboarder ne se déplace pas pour se déplacer, il fait des tricks. Voilà sa conception. “Les gens pensent que l’on naît avec du style. C’est faux, j’ai beaucoup travaillé le mien” précisait Noah dans une interview. Comme quoi, le travail peu amener à un style d’une fluidité qui fait même oublier ce travail, justement.

Dans les faits, Noah est ce que l’on appelle en anglais ‘influencial rider’, tant il a imprimé sa marque sur le snow. Son focus constant sur les tricks rendait ses parts si attrayantes. Et même entre deux tricks, il jouait encore sur les transitions. Et ça aussi, c’était nouveau. Tout comme le quasi désintérêt pour les contests. Seule la pelloche comptait, finalement. Une attitude que beaucoup aimeraient pouvoir copier encore aujourd’hui. Noah a pourtant gagné pas mal de contests, mais c’est parce qu’il gagnait souvent! Disons que les contests avaient leur place dans sa vie, mais une assez réduite.

Lorsque Mike Hatchet et son frère Dave ont lancé Standard Films et ont commencé à bosser sur TB2: A New Way of Thinking, en 1992, leur but était tout aussi ambitieux: “on veut faire les meilleur film de snow jamais fait”. Du coup, ils ont pris les meilleurs du monde pour faire le job. Et bien sûr, Noah Salasnek était de la partie.

C’était le début d’un partenariat fructueux et prolifique, qui allait produire parmi les plus belles vidéos parts de l’histoire du snow. Le riding de Noah s’en est lui-même ressenti. Le moment clé fut sans doute lorsque les frères Hatchett l’ont emmené en Alaska. Ils voulaient confronter le rider le plus progressif de l’époque à un challenge qui hante encore les nuits des Nicolas Müller ou Travis Rice d’aujourd’hui: comment transférer les tricks de park aux zones les plus sauvages de nos montagnes?

Brad Kremer, filmeur chez Standard, a alors été le témoin d’une transformation.“Ce fut un bonheur de voir de mes yeux cette transition du pur freestyler, en rider global, capable de tout faire et partout. Il fut l’un des premiers à le faire, et on lui doit tous beaucoup, pour ça notamment”. Mike Hatchett ne dit pas autre chose: “Son talent naturel a fait merveille dans le Grand Nord. Lui-même n’avait aucune idée de ce qu’il serait capable de faire en Alaska, et ce fut une révélation pour lui aussi. Cela le libéra définitivement. Et pour moi, il fait partie des plus grands, c’est certain.”

Le sommet de cette transition dont parle Kremer s’est sans doute le mieux exprimé sur la pellicule de l’incontournable TB5, avec le premier run dans la face ultra-pentue que l’on nomme désormais ‘Super Spines’. Encore aujourd’hui, cette face représente un sacré challenge pour tout rider qui s’y pointe. D’ailleurs le Master du freeride qu’est Jeremy Jones ne s’y trompe pas: “lorsque je l’ai vu dans cette face incroyable, ma conception du run parfait a changé pour toujours.”

 

Noah, d’un calme olympien dans la furie de Super Spines.

Jusqu’à la fin de sa carrière, Noah su rester au top de son game. La preuve? Lorsque Peter Line se lance dans l’aventure Forum, a quel Grand Maître vient-il demander le soutien? Noah bien entendu. Malgré sa loyauté envers son sponsor historique, l’aventure était bien trop excitante pour y renoncer. Il alla donc voir Sims pour leur en parler: fin de non recevoir, 2 ans de contrat à tirer. Sims ferme la porte de sortie, fin de l’histoire… Tout cela pour le larguer sans la moindre indemnité, ne serait-ce que pour “bons et loyaux services rendus”, à peine deux ans plus tard. Comme prévu, en somme. Sauf que 2 ans plus tard, la révolution était passée, et l’opportunité de Noah aussi.

”NOAH et Peter auraient pu faire bien plus ensemble au début de forum… où serait allé la marque ensuite ?”

Encore une histoire de ‘si assez incroyable, comme pour Mack Dawg! Et si Sims avait laissé partir Noah plus tôt? Forum Snowboards aurait peut-être été très différent. Comme JP Walker le disait récemment, “au tout début, il n’y avait que très peu de gens impliqués dans le projet. Lui et Peter auraient pu faire bien plus ensemble au début de la marque, et où serait-elle allé ensuite? Peut-être serait-elle encore là, d’ailleurs!”

Personne ne le saura jamais. En revanche, ce que l’on sait avec certitude, c’est l’énorme influence qu’à eu Noah sur le snowboard, et même encore aujourd’hui. De Shaun White (que Noah décrit comme un “moi new school”) à Jeremy Jones, tous lui doivent quelque chose. Toi et moi aussi, du coup. Et comem le dit très bien Trevor Cushing “Noah a influencé tellement de gens qu’il est difficile d’en voir l’ampleur. La liste est sans fin, il fait partie de l’ADN même du snowboard.”

RIP Noah.

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