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La Révolution (du Snowboard) Sera-t-elle Télévisée?

Ed Leigh propose d'arrêter la guerre avec la FIS pour le bien du snowboard de compétition

(Shaun White à Sotchi © Nick Atkins)

Écrit par Ed Leigh.

Sur les 12 dernières années, je me suis rendu sur 4 Jeux Olympiques comme commentateur pour la BBC, les Jeux de PyeongChang seront mes cinquièmes. Dans l’intervalle, j’ai pas mal appris sur ce que les JO peuvent apporter au snowboard, en positif comme en négatif, et ce que cela signifie en terme de grosses audiences télé. Côté positif il faut bien le dire, les Jeux ont ce pouvoir sur les masses (et les athlètes) d’amener ce je ne sais quoi de magie, de fierté nationale, de gloire internationale et parfois de tragédie, dans un “soap opera” mondial de 3 semaines que seul le sport peut inspirer.

Côté négatif, et du point de vue du snowboard, les fédérations sont désorganisées, et une lutte sous-marine opère entre la FIS toute puissante, et une fédération internationale de snow (WST) qui n’arrive pas à mettre en place un Tour Professionnel digne de ce nom – ne serait-ce que du point de vue de la compréhension du grand public, et en terme de retombées télévisuelles.

Une fois ce bilan posé, et au lieu de répéter les erreurs du passé commises aussi bien par la FIS, le CIO que les instances du snowboard, notamment au regard de la position inconfortable dans laquelle se trouve l’économie du snowboard en général, ne pourrait-on pas voir les choses sous un nouvel angle, pour le développement et la pérennité de notre sport?

Cette année le snowboard célèbre (ou pleure, c’est selon) son 20ème anniversaire aux Jeux. Et depuis Nagano 98, le snowboard est parti d’un statut de sport marginal un peu foufou et peu pris au sérieux, à l’un des événements olympiques qui génère les plus grosses audiences télé.

Certes, les détracteurs pourront toujours se demander ce que les JO ont fait pour le snowboard: la réponse est toujours sujette à beaucoup de subjectivité. Mais une chose est difficile à remettre en cause, ce sont les chiffres. En réponse, on peut donc affirmer: les JO ont amené plus de personne à s’intéresser au snowboard à la télé. C’est un fait, et je vais d’ailleurs les détailler, ces chiffres.

“Le snowboard est aujourd’hui la ressource la plus profitable pour la FIS aux Jeux Olympiques”

Certes, quand on avance des termes d’audience TV, on ne fait pas cas des considérations plus philosophiques, plus ‘cores’, et on peut toujours se demander ‘et alors, où va le snowboard en définitive?’ Je répondrai que de toute façon aujourd’hui il va nulle part – en tout cas pour ce qui est du snowboard de compétition. Il est même à genoux, en terme économique comme en terme de compréhension du public. Alors on peut toujours vouloir se méfier des intentions du CIO et de la FIS, mais avons-nous aujourd’hui la capacité de finasser? Le snowboard est aujourd’hui la ressource la plus profitable pour la FIS aux Jeux Olympiques. Si tu ne me vois pas venir, tu vas comprendre…

Jamie Anderson et Jenny Jones apportant une touche de folie aux conférences de presse de Sotchi. / Photo: Nick Atkins

Pour cela, commençons par regarder les chiffres des Jeux Olympiques de 2014, les plus récents Jeux d’hiver. Nous avons décomposé toutes les audiences des sports qui sont sous la responsabilité directe de la FIS: ils prouvent de manière évidente que le snowboard est devenu l’une des disciplines les plus populaires, et donc par extension les plus puissantes. A la vue de ces chiffres, on peut donc affirmer sans se tromper que le snowboard est aujourd’hui la ressource la plus profitable pour la FIS aux Jeux Olympiques.

Chaque sport présenté est géré par une fédé internationale. Le snowboard est chapeauté (aux JO) par la FIS (Fédération Internationale de Ski). Ils supervisent tous les sports de neige: ski nordique, cross country, saut à ski, ski alpin, ski freestyle et snowboard. Au total, ces sports ont produit 5000 heures de télévision aux Jeux de Sotchi 2014, diffusées dans 48 pays à travers le monde.

Si on regarde le ski alpin, grand papa de tout ce beau monde, il a totalisé à lui tout seul 1374 heures de télévision dans là encore 48 pays. On peut imaginer que cette discipline, pierre angulaire de la FIS et sport de neige ultra-dominant, soit en mesure de fumer la compétition, n’est-ce pas? Leur audience max a culminé à 77 millions de téléspectateurs. Un chiffre impressionnant, certes, mais qui arrive derrière les perf’ d’audience du ski freestyle, du saut à ski, et surtout du… Snowboard! Qui arrive 1er du classement, avec 92M de téléspectateurs! 

Un chiffre monstrueux. Qui n’a rien à voir avec le nombre de pratiquants réels, mais ça le CIO s’en moque, puisque lui son taff en la matière c’est de délivrer de grosses audiences à ses sponsors. Non seulement en terme de quantité, mais aussi en terme d’âge, car les sponsors préfèrent bien entendu les audiences plutôt jeunes. Ce que le snowboard a réussi à amener à une FIS vieillissante en terme d’offre. Et tu vas le voir, au plus on plonge dans les chiffre, au plus cela devient positif pour le snowboard.

“le snowboard est le sport de neige le plus regardé aux JO!”

IPod après son run victorieux à Sotchi © Gabe Lheureux

Le Taux Moyen par Minute connu sous le sigle AMR pour “average minute rating” est dans une étude d’audience ce qui met en lumière le temps passé en moyenne par les téléspectateurs devant une discipline donnée. Une donnée plus importante que le pic d’audience en réalité, car il n’indique non pas combien de gens ont zappé sur l’event à un moment donné, mais plutôt à quel point les téléspectateurs ont apprécié le programme et par voie de conséquence combien de temps ils sont resté à regarder. Donc, nous avons, dans le sens inverse (c’est plus fun):

6. Ski Nordique 25m

5. Ski Freestyle 32m

4. Ski Alpin 36m

3. Cross Country 40m

2. Snowboard 42m

1. Saut à Ski 49m

Certes le snow loupe la première place, mais là encore il est devant la plupart des disciplines les plus classiques et les plus historiques de la FIS. L’AMR pour le Slopestyle compté tout seul en tant que nouvelle discipline, fut d’ailleurs totalement fou, arrivant à un pic de 49m, au même niveau que le saut à ski.

De plus, les excellents chiffres du snowboard freestyle ont été pénalisés par le slalom, qui a peu intéressé (on se demande pourquoi). Mais en terme d’events qui veulent dire quelque chose pour les snowboarders (principalement pipe et slope), le snowboard est le sport de neige le plus regardé aux JO!

Mettons cela dans son contexte: nous sommes l’un des sports les plus attractifs pour les audiences globales et, en tout juste 20 ans, nous avons enfoncé des disciplines comme le ski alpin et le saut à ski en terme comparatifs d’audiences aux Jeux Olympiques.

ESPN sait comment filmer du snow, on verra cette année en Corée! / Photo: Ed Blomfield
Sage victorieux du slope de Rosa Khutor extreme park,Sochi,Russie © Nick Atkins/Scene Images

Je suis conscient que tout cela n’intéresse pas forcément le pratiquant lambda, et l’idée même de supporter un événement sous la houlette de la FIS en défrise un bon paquet. Mais eu égard à ces chiffres, pourquoi ne soutenons-nous pas mieux la FIS, nous industrie du snowboard? Ne sommes-nous pas en train de nous tirer une balle dans le pied en termes publicitaire et économique? Nous arrivons à casser la baraque quand nous sommes soumis aux audiences TV globales, mais le business du snowboard refuse de voir en cela une incarnation de ce qu’il est possible de faire pour un sport si excitant à regarder, et il faut bien le dire encore porteur de nouveauté et de jeunes téléspectateurs pour les médias de masse.

Cela ressemblerait pour certains à une forme de capitulation devant l’ennemi juré, et n’en doutons pas les premiers à franchir le Rubicon seront copieusement insultés, mais la conclusion est simple: préfère-t-on mourrir? Car au final, jeunes téléspectateurs peuvent devenir pratiquants, et ainsi de suite. Si le milieu du snow dans son ensemble se mettait à mettre tout son poids dans la création conjointe d’un Tour Professionnel unique et compréhensible chapeauté par la FIS, est-ce que cela ne serait pas crédible? Quelle serait la bonne raison de ne pas le faire? J’ai envie de dire aux irréductibles anti-FIS, non sans malice: sans leur faire une grosse pipe, pourquoi aujourd’hui ne pas lécher une boule à la FIS, pourquoi ne pas se mettre à travailler efficacement avec eux? Sachant que diverses instances ont essayé sans succès de le faire depuis des décennies. Encore une fois, cela serait sans doute une bonne chose pour une industrie en grande souffrance, et qui a cruellement besoin d’essayer quelque chose de nouveau pour renaître au niveau compétitif. Aidons la FIS à faire du snowboard de compétition un succès au niveau des audiences comme il le fait déjà aux JO, mais cette fois sur un Tour Pro unifié, pour ne pas à chaque fois retomber dans l’anonymat entre 2 cycles olympiques. 

Je suis prêt à recevoir le torrent d’abus auquel je m’attends en ayant lancé ce pavé dans la marre, mais je suis prêt à en débattre sérieusement avec quiconque le jugera utile. Car je pense vraiment que là est notre meilleure chance de faire en sorte que les JO soient bénéfiques au snowboard pour de bon. Commençons à en discuter!

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