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La poudreuse: qui n'aime pas la rider? Un gros paquet de neige fraîche, c'est autant de sensations, de gros sprays et de sessions mémorables garanties. On y repense encore des années après, et on recherche sans cesse de retrouver des conditions idéales dans un grand champ de peuf, pour en profiter au moins une fois dans sa saison. Une seule fois! Le problème, c'est que cette seule fois de la saison peut aussi devenir la dernière tout court.

Le danger, loin d'arrêter de plus en plus de monde à s'aventurer en hors piste, est pourtant omniprésent. Nous y avons sans doute aussi notre part de responsabilité, puisque nous publions sans cesse de magnifiques photos de backcountry et de gros runs dans la pow. Comment ne pas considérer que c'est le but ultime du snowboard? Du coup, cette même responsabilité nous indique, de manière répétée, à mettre en garde contre les risques que représente le shred hors des zones balisées - et même parfois sur et autour des pistes!

Au nombre grandissant d'amateurs de fraîche s'ajoute un autre phénomène: l'instabilité de plus en plus chronique du manteau neigeux alpins (et pyrénéen, of course). Les changements climatiques sont indéniables en montagne, tout comme les chiffres: 5 fois plus d'avalanches aujourd'hui qu'il y a 30 ans, en moyenne, sur une saison. Et elles se déclenchent à des endroits de plus en plus variés. Bref, elles deviennent de moins en moins prévisibles.

Notre pratique impose donc un maximum de connaissances et de précautions, qui sont invisibles sur les images en papier glacé (ou en pixel désormais...). Déjà, l'équipement: tu dois considérer que si tu n'as pas tout le matos backcountry nécessaire, pas la peine d'y aller, point. Si tu aimes la pow comme ta vie, paie-toi un kit avec ARVA, pelle sonde. N'hésites même pas, c'est la base.

Alors pour contribuer à notre humble niveau, à la prévention de catastrophes que tous les spécialistes nous annoncent comme en augmentation, nous avons listé quelque conseils utiles qui nous semblent être les essentiels pour la prévention des avalanches et de leur conséquences. Éviter qu'elles arrivent est encore le plus efficace, mais si tu t'y retrouves, avoir les bons réflexes pourrait bien alors te sauver la vie.

La montagne est un lieu de liberté, encore peu réglementée par la (très à la mode) frénésie législative française: le mieux si l'on veut que les choses restent ainsi, est d'agir de manière responsable, en évitant les actes inconscients ou irréfléchis.

Rappelons pour finir cette longue introduction qui si nous sommes des pratiquants régulier de la 'montagne libre', nous ne sommes pour autant pas des experts en avalanche ou en météo. Ces conseils sont tirés de notre longue expérience dans le milieu, et ne saurait remplacer le conseil de professionnels le jour J, ni un cours d'entraînement aux avalanches, dispensés régulièrement un peu partout en Europe.

 

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On le répète pour que cela soit bien clair pour tout le monde, pas de hors-piste sans ces trois essentiels:

LA BALISE

Appelée ARVA dans le language courant (Appareil de Recherche des Victimes d'Avalanches), il s'agit d'un émetteur-récepteur, de nos jours essentiellement numérique, qui va transmettre un signal puissant pour que tu sois localisable plus facilement par les appreils de recherche ou d'autres balises. Elles sont bien évidemment toutes compatibles, et le signal est universel. Certains sont plus élaborés que d'autres (comme la possibilité de détecter plusieurs signaux simultanément), mais tous sont certifiés par des normes drastiques. Il se porte le plus près du corps possible, en général sur les sous-vêtements, ou du moins sous la veste, pour qu'il soit tout de même accessible en cas d'urgence de recherche.

Avant de s'aventurer dans le grand blanc avec ton joujou, il faut bien sûr apprendre à s'en servir, bref s'entraîner. Beaucoup s'entraîner. Dans un moment de stress, on peut perdre de précieuses secondes si l'on est pas en train de répéter des gestes devenus presque routiniers, et qu'on sait parfaitement comment fonctionne le matériel. Noter aussi que certains appareils type smartphone, ou même clés de voiture, peuvent brouiller le signal de la balise. Mieux vaut donc éloigner ce type d'objet de l'ARVA, voire l'éteindre si possible.

Un exemple de balise testée par nos soins en 2015

LA SONDE

Alors que la balise peut te servir comme servir tes potes, la sonde sera pour tes potes. Une fois le rider enseveli repéré, la sonde va te faire gagner un temps précieux pour trouver le bon emplacement et savoir où creuser. Lorsque la balise indique la zone la plus proche de la victime, sonde la neige de manière systématique, à distance constante et sur un maximum de profondeur (elle font en général 3m de long une fois déployées). Là encore, entraîne-toi à la déplier pour être sûr de ton coup.

Un exemple de sonde testée par nos soins en 2015

LA PELLE

Objet counrat mais tout autant utile, c'est l'autre objet indispensable à mettre dans ton sac backcountry. On ne va pas te faire l'affront de t'expliquer comment t'en servir, ni te dire qu'il faut t'entraîner avec, mais assure-toi néanmoins d'en choisir une solide, de préférence en métal: tu ne sais pas sur quel type de neige (ou de glace) tu peux tomber.

Un exemple de pelle testée par nos soins en 2015

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Un bon sac à dos destiné au freeride et bien léger est le dernier indispensable... Pour y ranger les 3 autres indispensables! En général les sacs backcountry embarquent tout le nécessaire pour y ranger tes essentiels, sans t'encombrer du superflu. Un emplacement pour la pelle et la sonde, un pour caler la board en mode randonnée, une poche masque, une double attache ventrale et pectorale, voilà les essentiels. Certains embarquent aussi un sac ABS (qui se gonfle en un clin d'œil en cas d'avalanche et t'aide à 'flotter'): on te le recommande grandement.

Évidemment, ce matériel a un coût. Mais si tu aimes le hors-piste, tu ne peux en aucun cas faire l'économie de ta sécurité. D'autant que ce matériel est en général plutôt solide et te sera utile de nombreuses saisons.

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Tu as tout le matos, tu t'es entraîné, tu sais même rider la pow comme personne, pour t'être entraîné 'à l'ancienne' comme tout le monde. Tu as des notions de météo, de nivologie, et tu as pris l'avis général des sites spécialisés. Ça tombe bien, ça vient de poser et tu es fin prêt. Ou presque. Le jour J, tu prends un conseil plus précis auprès des pisteurs de la station, qui t'annoncent un risque global de 3/5 sur le domaine. Yeah! Ça veut dire que c'est sûr, non?

Au risque de te décevoir, pas vraiment, non... La moitié des avalanches mortelles se déclenchent à un risque de 3. Il y a une explication à cela, tu va comprendre. Dans tous les cas, il faut donc se méfier, et considérer que l'échelle de donagerosité se présente comme suit:

5 – La station est fermée, en général la route d'accès aussi. Le danger est généralisé, partout sur la zone. Bref, tu restes chez toi.

4 – Conditions très difficiles et très dangeureuses, manteau très instable et incompatible avec la pratique du hors-piste. Des avalanches peuvent se déclencher spontanément. La tentation est grande, mais résite! Ça va se stabiliser dans les jours qui viennent, prend ton mal en patience.

3 – Sketchy à donf. En bref, la neige est assez instable, des avalanches peuvent se déclencher sur ton passage dans beaucoup d'endroits, la plus grande vigilence est de mise.  Évidemment, les pentes les plus pentues sont les plus exposées, de même que les plus ensoleillées. Ne cherche pas à te faire la grosse ligne de ta vie se jour-là mais préfères les runs dans les bois et les zones les moins exposées.

2 – Niveau de sécurité correct, le manteau est relativement stable. Des avalanches peuvent se déclencher sur certaines zones sensibles avec une charge. Comme par exemple un cliff drop avec un landing pentu. Risque modéré ne veut pas dire absent, reste toujours vigilent.

1 – Tu es en sécurité à 99%, mais le 100% n'existe pas en montagne...

Avec les précautions d'usage, cette échelle reste une bonne indication des conditions d'enneigement dans ta station, même s'il est toujours utile de parler aux pisteurs ou aux guides, qui connaissent bien la zone et pourront te donner le maximum de précisions. Rappelle-toi que le temps stabilise le manteau neigeux, et qu'il faut parfois savoir attendre un indice 2 pour rider la zone qui va te mettre la banane. D'autant que d'autres éléments comme le vent (et les redoutables plaques à vent), ou l'orientation de la pente, peuvent entrer en ligne de compte.

Pour plus d'info, nous te conseillons aussi la consultation de ce très utile PDF en ligne de Météo France.

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Comme l'explique le graphique ci-dessus, il est recommandé en cas de risque élevé, d'éviter les zones 'cul de sac', où même une petite avalanche peut ensevelir profondément un rider, à cause de l'accumulation de neige dans cette zone suite au glissement. Bref, les bols, appelés ici les pièges du relief. Un autre type de pentes à éviter sont celles comprenant des barres rocheuses ou des corniches. Ces dernières ne laissent en effet que très peu de chance aux victimes d'avalanches.

Tu dois aussi éviter au maximum de sortir seul en hors-piste. C'est presque une règle sainte aussi incontournable que 'la Sainte Trinité' vue précédemment. Contrairement à ce que le dicton anglais raconte: il vaut mieux avoir des amis un jour de pow!

Tout aussi important, est la connaissance du terrain. T'aventurer dans de nouvelles zones un jour de risque élevé: très mauvaise idée! Et quand on dit connaissance, on ne veut pas juste dire que tu y es déjà passé. Tu dois connaître les lieux suffisamment pour savoir en un instant où te diriger si ça tourne mal. Se planquer derrière un rocher ou pire, un arbre, n'est pas la meilleure des idées en général, contrairement à ce que raconte la légende. Et mieux vaut se dégager en franchissant une crête par exemple - mais encore faut-il savoir ce qu'il y a derrière - d'où le sens de ce paragraphe... Quand on connaît le terrain, il est aussi beaucoup plus facile d'éviter les zones pièges (bols, zones rocheuses, cliffs, etc.), ce qui nous relie au paragraphe précédent.

On gagne toujours à 'écouter' et 'lire' la montagne. Ce que l'on veut dire par là, c'est que certains signaux sont à prendre en compte dans ta décision de rider telle ou telle zone. Outre les signes évidents (drapeau à damier noir et jaune, filets de protection, zones interdites...), on peut aussi jeter un œil à l'ensemble de la zone, pour y déceler d'éventuelles coulées, leur longueur, leur orientation, les irrégularités visibles sur la neige, les éventuelles surcharges neigeuses, ou les poches d'air sous la neige faisant un bruit caractéristique lorsque tu passes dessus. Tu trouveras dans les liens ci-dessous, un ensemble très complet d'informations, fournies par l'Association Nationale pour l’Étude de la Neige et des Avalanches: l'ANENA.

Pour plus d'information sur les types d'avalalanches, consulte cette page, ainsi que le site de l'ANENA dans son ensemble.

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Si par malheur tu te retrouves dans une coulée, tu dois d'abord tout faire pour accélérer et te dégager de ce mauvais pas. Mais ça ne veut pas dire que tu dois tracer comme un ouf en ligne droite vers en bas. Les statistiques montrent que tu auras le plus de chances d'éviter le pire si tu traces ta route à 45° du côté le plus proche de la zone stable. D'abord parce que l'avalanche va accélérer en ligne droite, ensuite parce qu'elle peut finir dans un bol (voir précédemment), enfin parce que la zone la plus sûre est sur le côté, pas en dessous! Prend donc l'information le plus vite possible (le 'crac' de l'avalanche est assez caractéristique pour t'alerter), regarde où tu es par rapport à elle, et file le plus vite possible sur le côté le plus accessible. C'est ça, la technique du 45°: ni en tout schuss, ni en traverse: entre les 2.

Si tu es bel et bien pris, tenter d'enlever les fix' pourra t'aider à 'nager' et rester à la surface, le but ultime à ce moment-là. Mais bon comme enlever ses fix' à ce moment-là relève de l'exploit, garde en tête que c'est de l'eau, et que tu peux donc faire le maximum pour rester à flot. Si malgré tes efforts tu te mets à couler, continue de bouger tes bras devant toi. D'abord tu peux peut-être ressortir, mais aussi parce que tu dois pour créer un maximum de poches d'air devant toi pour quand l'avalanche va s'immobiliser. Car une fois qu'elle s'arrête, il te sera impossible de bouger si tu es coffré, tant le poids sera important. Si tu penses être près de la surface, tu peux tenter de sortir un bras, crier, etc. Une avalanche est souvent vue de l'extérieur (sauf zone très isolée). Mais dans certains cas, les victimes ne savent même plus s'ils ont la tête en haut ou en bas, alors il est important de rester le plus calme possible, éventuellement pisser (pour confirmer son orientation dans la neige), se dégager un peu d'espace devant le visage pour respirer, si possible.

Tout aussi désastreux, le cas de figure où tu vois ton pote (ou un rider/skieur voisin) se faire coffrer. Tu vas avoir un rôle déterminant, il est donc important d'avoir les bons réflexes car après 15 minutes, les chances de survie sous une avalanche se réduisent considérablement. Chaque seconde compte:

  • -  Suis ce qui se passe, essaie de localiser le(s) malchanceux le plus longtemps possible. Alerte les secours et ne quitte pas les lieux
  • -  Reste où tu es jusqu'à ce que l'avalanche s'arrête. Tu peux aller sur la zone où tu penses que se trouvent les victimes si tu es sûr que tu ne vas pas déclencher une autre coulée en le faisant: cela ne va aider personne si tu te fais aussi prendre
  • -  Vas sur la zone où tu as perdu la visuel avec la personne et passe ta balise en mode 'réception' ou 'recherche', comme tous les autres riders sur place.
  • -  Balaye la zone sur la largeur pour commencer, et suis les indications du signal (comme tu t'es bien entraîné à faire...). SI plusieurs personnes recherchent, coordonnez-vous. Par exemple l'un peu aller dans la zone d'accumulation (bas de la pente) et partir de là
  • -  Quand tu te rapproches, fais des marques au sol ou pose des objets pour faire un cadre dans lequel tu va sonder la neige
  • -  Si tu touches une victime (à ne pas confonder avec un bout de bois cassé par l'avalanche, qui donne un retour plus 'dur' à la sonde qu'un corps enseveli), laisse la sonde à l'emplacement et alerte tout le monde
  • -  Là, il faut creuser, et vite! Si tu as su résister à la panique jusque là, bravo pour ton sang-froid, continue comme ça: ce moment-là est tout aussi délicat. Au passage, au plus tu te seras entraîné, au plus tu arriveras à faire abstraction du stress le jour où tu t'y retrouves confronté. L'important à ce moment-là, comme aux autres, et de coordonner les efforts de manière efficace et optimale, quitte à désigner quelqu'un (le plus expérimenté) pour donner les consignes.

Encore une fois, cette page de l'ANENA détaille bien ce sujet.

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Comme le disait mon prof' de biologie en cours de sexualité: joue avec le feu et tu vas te brûler. L'histoire ne dit pas avec quel genre de feu il jouait, lui, mais ce qui est sûr, c'est que de se dire 'allez, ça va passer' ou alors 'c'est trop bon on s'en fout' c'est assez moyen comme analyse de la situation.

C'est toujours un déchirement que de renoncer à une pente vierge bien gavée, on est bien placés pour le savoir. On est aussi bien placé pour savoir que la moindre faille dans les procédures peut se payer cash. Certains d'entre nous se sont fait coffrer, d'autres (ou les mêmes) ont sorti des riders. Bref, c'est une chose qui n'arrive pas qu'aux autres, et que quand on est un usager régulier du freeride, on va s'y trouver confronté un jour où l'autre, si l'on est pas carré. Ce n'est pas alarmiste, c'est notre expérience que nous le montre.

L'ultime conseil, ce sont tes propres instincts qui te le donneront. Ne fais pas le téméraire devant tes potes, suis ton instinct, et surtout, toutes les indications objectives que l'on a pu te donner dans cet article. Même avec ça, tu n'es pas assuré tout risque, mais sans, ce sera forcément pire. Si tu aimes le backcountry, équipe-toi, et entraîne-toi, pour y aller le plus en sécurité possible, ne te mets pas en danger (ni les autres d'ailleurs), ne ride pas seul, et tiens-toi informé chaque jour de l'évolution des conditions.