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Tricks Vidéo

Débat: Au-dessus de la Courbe

Peut-on approcher la tour d'ivoire des 'transitions' sous un autre angle ?

[Christian Haller est un maître de la transition. Photo: Thomas Copsey]

Autrefois fier étendard du snowboard, le halfpipe a perdu un peu de sa gloire il y a quelques années. On l’a accusé, à tort ou à raison, d’être trop spécialisé, d’avoir perdu sa saveur et même… d’être ennuyeux. Peut-on alors approcher la tour d’ivoire des ‘transitions’ sous un autre angle ?

Texte : Joe Cavanah

À la fin de chaque saison, j’essaie toujours de faire apparaître les moments-clés de la période de compétition. Ce n’est pas forcément le trick qui aura démontré la rotation la plus grande ou le trick où le rider aura passé le plus de temps l’air. Ce n’est pas toujours celui qui aura été replaqué avec 10 fois plus d’amplitude que les autres, bien que tout cela joue évidemment. C’est plutôt une manœuvre qui aura eu une particularité, un peu spéciale, qui, comme on pourrait le dire d’un objet de design, aura allié forme et fonction.

C’est quelque chose qui utilise le terrain d’une manière qui me paraissait impossible. Je me retrouve en général à passer tout l’été à m’exclamer devant LE trick, ce qui me permet d’avoir un peu de recul pour en parler. Mais cette année 2015, tout était décidé d’avance…

Assis sur mon canapé, je regardais la machine norvégienne Ståle Sandbech en train de lâcher un double crippler d’une dimension stratosphérique au Burton European Open à Laax en Janvier dernier.

Bon, il faut dire qu’aujourd’hui les doubles inverts sont monnaies courantes sur le circuit de compétition, pour être réaliste même, ils sont même devenu un “setup trick” pour toute une diversité de  triple inverts… Mais c’est le module sur lequel il l’a posé qui m’a convaincu, et il l’a balancé d’une manière que les critères traditionnels ne sont pas en mesure de prendre en compte.

Les transitions ont toujours été le creuset de la progression. Les premiers mètres d’amplitude de Terry Kidwell qui l’ont propulsé au-delà des horizons de l’époque, ont été balancés depuis l’angle ciselé d’un quarterpipe creusé à la main. En effet, si Kidwell est bien l’un des pèlerins du snowboard freestyle tel qu’on le connaît aujourd’hui, alors le quarterpipe de Tahoe City en est le Mayflower.

Puis, on a vu l’explosion des années 90, avec Terje comme chef de file. Ses video parts mixaient de manière très fluide des scènes de halfpipe, discipline qu’il a dominé pendant une décennie, avec des tricks plus créatifs sur tout type de terrain.

Mais alors que le halfpipe mute progressivement en superpipe et que Shaun White entame sa période d’accumulation de médailles interminable, il semblerait que le lien entre le monde des transitions et le freestyle « normal » soit rompu. Les riders de pipe deviennent des machines de compétition, des experts dans une discipline très spécialisée, qui, bien que très spectaculaire à regarder, semble de plus en plus étrangère à ceux qui voulent rider l’ensemble de la montagne. La vérité, c’est que sans un halfpipe parfait dans ta station locale (c’est-à-dire à moins d’être basé à Laax, Kaprun, 2 Alpes, Flachauwinkl ou une poignée d’autres endroits avec la capacité d’investissement et les machines nécessaires) alors tes chances de répliquer les aerials complexes de White et compagnie sont malheureusement réduites à néant. Mieux vaut se focaliser sur quelque chose de faisable, comme les rails, les kickers et le freeride.

De plus, alors que l’on te présente une variété de modules dans le slopestyle qui met en avant différents points forts selon les riders, tu sais très bien que, dans un superpipe, les murs vont faire 7m de haut et que tu seras en mesure de placer 5 jumps précisément. Il y a même une équation mathématique pour calculer l’amplitude qu’un rider peut atteindre dans un pipe, et si on déteste quelque chose dans le snowboard, c’est bien la prévisibilité.

Un graphique… Incompréhensible? Credit: Franco Normani
Kent Callister. Photo: Matt Georges

Une variable qui n’est pas pour autant prise en compte dans la prévisibilité, est la créativité. Alors que l’amplitude est très certainement régie par une loi de la physique, ce n’est pas le seul critère que l’on juge dans les transitions.

Les transitions donc, semblent avoir perdu leur pouvoir d’attraction comme élément central et naturel du freestyle. La progression se réduit ainsi à une série d’inverts exécutés par une élite athlétique sur des pipes privés au coût exorbitant.

En revenant à 2015, la nouvelle vague de riders comme Ben Ferguson, Ayumu Hirano et Taku Hiraoka rejoint les Danny Davis, Arthur Longo et Christian Haller dans le fait de brouiller les pistes du transition riding.

Auparavant aussi mythique que les histoires racontées sur une éventuelle poudre totalement vierge au Japon, les switch methods, alley-oops et Haakon flips ont tous fait leur apparition dans des transitions de compétition cette saison. Le backside 180 de Ben dans le pipe est aussi important que n’importe quel premier, deuxième ou troisième saut, à mon humble avis.

Les riders font dorénavant face au préjugé qui suit : rider dans un pipe est une discipline conventionnelle et banale… alors même qu’ils rident les murs avec leur propre interprétation du terrain qui leur est présenté.

Et tout cela nous amène au milieu de la compétition actuel. Il y a effectivement des querelles quant à la diversification du circuit compétitif sur des terrains variés, dans le but de ressembler un peu plus au Dream Tour de la World Surf League, mais nous devons rester réalistes sur ce que nous sommes en mesure d’accomplir et compiler sur ce que nous avons déjà.

Full run de la nuit dernière lors des entrainements aux @xgames alors que je n’avais que 19 ans. #howthefuckdidilandthat merci pour la vidéo ???? @jackmitrani @burtonsnowboards @anonoptics @redbull @dvssnowboarding @ethika

A video posted by Ben Ferguson (@ben_ferguson) on

“Le backside 180 de Ben dans le pipe est aussi important que de n’importe quel premier, deuxième ou troisième saut.”

Le Théatre des tes Rêves ou de tes Cauchemars ? Photo: Sami Tuoriniemi

Je crois qu’on doit créer des moyens d’intégrer ce que l’on a déjà dans le snowboard dans le snowboard et je pense que c’est ce qui commence à se faire en ce moment.

C’est pourquoi le double crippler de Ståle Sandbech est pour moi ce qui se démarque de la saison de slopestyle, parce que c’est une manœuvre de transition dans une compétition de slopestyle de top niveau : cela rapproche deux écoles différentes du snowboard d’une manière que l’on n’a pas vue depuis très longtemps.

En intégrant différents types de terrain dans le parcours, nous développons une vague de riders qui peuvent rider tout ce qu’on va leur proposer. Le pipe riding se déroulera toujours dans un pipe, et c’est bien comme ça. Je crois que la génération actuelle des riders (et des juges) de pipe ont pris sur eux de mettre au défi le préjugé que le pipe est une discipline convenue, ce qui est très louable et ce qui représente une tâche plutôt ingrate de manière générale.

Mais je pense aussi que, en dehors du milieu un peu élitiste du superpipe, l’on peut introduire de plus en plus de transition dans les snowparks locaux, dans les compétitions régionales et dans le slopestyle top niveau. Comme l’indique David Benedek:

“Je crois aujourd’hui qu’ils devraient introduire plus de créativité dans le slopestyle dans leur manière de construire le parcours pour faire en sorte d’éviter que chaque compétiteur n’enchaîne trois doublecorks d’affilée. C’est vraiment chiant et ennuyeux.

Quand j’ai commencé, on essayait de trouver des trajectoires différentes et de faire des choix variés. Ils devraient proposer des trucs tellement bizarres que tu ne peux même pas poser un doublecork, même si c’est 10 WHOOP-DI-DOOS dans un drop down. Un truc de fou.

On devrait être jugé sur notre capacité d’aborder tout ça de manière créative.”

Le module des Suzuki Nine Knights ont permis d'envoyer des transferts dans tous les sens. Rider: Peetu Piiroinen. Photo: Klaus Polzer.

Déjà, dans le monde entier, on voit la résurgenge du transition riding sous une multitude de formes différentes.

Des événements comme le Red Bull Double Pipe transforme le transition riding en un pipe monstrueux, création digne de Frankenstein, pourtant incroyablement belle. Des vidéos de crews comme Warp Wave utilisent l’art du contrôle des carres, l’essence du transition riding, et l’appliquent à l’ensemble de la montagne. Et il ne faut voir que quelques lignes des Nine Knights pour réaliser que la recherche de transferts est fermement implantée dans le milieu aujourd’hui.

Plus récemment, la quatrième édition de Danny au Peace Park project lui a un peu assoupli les muscles. Quand tu considères que la genèse du projet est partie d’un simple pipe avec des rails ajoutés sur les lips, on imagine tout à fait à quel point cet état d’esprit a progressé ces temps-ci.

Si tu prends aux riders les plus progressifs et les plus respectés dans le snowboard, une grande majorité d’entre eux ont fait leurs preuves en assurant de grosses transitions. Des riders comme  Terje Håkonsen, Nicolas Müller, Jed Anderson etJake Blauvelt viennent tous du pipe, tandis que les poids lourds de la haute montagne comme Jeremy Jones et Xavier De Le Rueviennent de la course et du Boardercross, deux disciplines qui requièrent un contrôle de ses carres aussi précis que le contrôle du chirurgien sur son scalpel.

Tous les riders mentionnés ci-dessus, et bien d’autres encore, sont dorénavant des pionniers de nombreux aspects du snowboard, mais, ce qu’ils ont en commun, c’est qu’ils rident sur un snowboard. Ils savent exactement ce que fait leur planche sous leurs pieds, qu’ils soient sur les chutes AK ou bien sur un parking d’Anchorage. Jed Anderson, dont beaucoup diraient que c’est l’icône d’une génération lorsqu’il s’agit d’urban riding, a tourné une section backcountry qui remet vraiment en question son qualificatif de snowboardeur urbain. Mais Jed a un parcours un peu compliqué de ce côté-là, qui lui a valu de s’extirper du circuit compétitif, ce qui prouve bien que, même si les rookies ont un sacré enthousiasme pour le pipe, il est très difficile de garder cette flamme sur le long terme.

Fort heureusement pour les jeunes riders qui apprécient le transition riding en compétition, des lignes plus franches commencent à voir le jour. Laax a accueilli le 10e Ice Ripper World Rookie Fest en janvier avec plus de 85 riders sur l’ensemble des catégories filles et garçons, testant leur habileté dans le plus long pipe du monde sur le Crap Sogn Gion. Selon un des organisateurs : « Le snowboard de transition est l’une des disciplines les plus fun de tout le milieu du snowboard et on aimerait bien en voir un peu plus. Particulièrement quand on voit que les kids adorent ça. »

Mais les rookie riders ne se limitent plus seulement au pipe en ce qui concerne les transitions. La résurgence explosive des banked slaloms a joué un rôle central pour la nouvelle génération de riders qui peuvent envoyer de vraies transitions et qui, surtout, prennent beaucoup de plaisir à le faire.

Jed Anderson sait faire du snowboard. Photo: Cyril Mueller.

En Europe, des événements comme le Sudden Rush Banked Slalom à Laax, ou le Monfaton Banked Slalom presenté par Deeluxe, en passant par le Volcom Kitzsteinhorn Banked Slalom, voient de plus en plus de jeunes riders attaquer leurs bermes et leur banked turns.

Je mets quiconque au défi d’aller voir un banked slalom et de ne pas prendre son pied… ayant vu le banked slalom de Laax, c’était un monde très différent de celui des reshapes de 6h du mat’ et des réunions de riders du circuit compétitif auxquels je suis habitué.

Sudden Rush Banked Slalom à Laax, 2015 | Photo: Sam Oetiker

D’autres événements comme le Lib Tech Holy Bowly vont encore un peu plus loin dans cette direction, celui-ci est l’un des parcours de transition les plus progressifs que l’on n’ait vus sur les cinq dernières années. Ce qui avait d’abord donné lieu à des rumeurs quant à l’existence d’un mouvement de bowl riders au Japon, le Wall de la fin de saison et quelques photos occasionnelles sur Facebook du pays du soleil levant, a été littéralement adopté et adapté, puis amené aux États-Unis, plus particulièrement à Park City en 2014, sous de véritables applaudissements de l’industrie du snowboard.

Les riders participant étaient aussi variés que les modules que l’on pouvait trouver sur les pentes de l’Utah : Chris Roach et Jamie Lynn ont rejoint un éventail très divers de la crème des snowboardeurs du moment, de toutes les disciplines et de tous les aspects du snowboard.

Le design et l’intégration de modules comme ceux-là sont le futur du transition riding et c’est ce qui le rendra pertinent et attractif pour de nouvelles générations de riders.

Elena Koenz. Fearless. Photo: Mariell Vikkisk

Je suis de ceux qui disent que si tu mets superpipe de 22 pieds ou un bowl comme celui du Holy Bowly devant 10 gamins qui n’ont jamais ridé de transitions auparavant, je mettrai sur le champ ma board et mes boots au feu si la majorité d’entre eux choisissent le superpipe.

Bien que je pense évidemment que savoir rider un pipe est l’un des savoir-faire le plus important d’un snowboardeurs, je crois aussi que ce n’est pas vraiment une option pour la majorité des snowboardeurs qui démarrent leur carrière de rider.

Est-ce qu’un superpipe de 22 pieds est amusant pour quelqu’un qui fait ses premiers pas dans le transition riding ? Je ne crois pas non. Les superpipes sont des monstres très intimidants, ils font trois fois notre taille pour la plupart des adultes que nous sommes, et ce que nous avons besoin de voir dans le transition riding, ce sont des modules sympas à rider pour la première fois, faciles à apprendre, pour se faire plaisir et pour commencer à faire des petits jumps rapidement. Et je ne crois pas qu’un superpipe soit une bonne manière de stimuler cette motivation au départ.

“Il nous faut plus de Minipipes, de Holy Bowlys, de Ride The Snakes et d’autres événements qui proposent ce genre de design.

C’est de la transition qui est accessible à tous les riders, de tous les âges et de tous les niveaux.

C’est simplement très sympa à rider.

En créant une série d’événements différents et en expérimentant avec le design des parcours, je crois que nous pouvons concevoir un cadre qui permettra de motiver les riders débutants à rider plus de transitions. En faisant des petits pas pour atteindre progressivement un halfpipe de 7m, au lieu de leur en présenter les murs impressionnants d’un coup d’un seul, nous pouvons créer une génération de riders qui ont vraiment les capacités de rider un snowboard et de réduire l’écart voire de l’effacer entre les riders « spécialistes « de chacune des disciplines dans le snowboard, écart qui est devenu vraiment prégnant sur les quelques dernières années.

Il nous faut plus de Minipipes, de Holy Bowlys, de Ride The Snakes et d’autres événements qui proposent ce genre de designs, parce que c’est de la transition qui est accessible à tous les riders, de tous les âges et de tous les niveaux, et qui est simplement très sympa à rider.

The notorious Merrill Mini Pipe competition at High Cascade gets young guns firing in the stunt ditch no matter their caliber.

Après le Banked Slalom de Laax, nous avons fait quelques runs dans le mini-pipe de 6 pieds un peu plus tard dans l’après-midi : on était trois à rider, à faire quelques sauts et à prendre inévitablement quelques boîtes. Il y avait là des gamins dont la tête m’arrivait au genou, qui ridaient les murs avec plus d’aisance que n’importe qui, tandis que les gros noms du snowboard nous donnaient quelques leçons sur le bon usage d’une carre… ceci ne devrait pas se produire qu’une fois par saison !

J’ai la claire sensation qu’il devrait y avoir des transitions pour tout le monde et c’est comme ça qu’on crée la future génération de gens comme Markus Keller, qui carve un superpipe avec un swallowtail, ou DCP qui envoie du lourd à peu près où il veut.

Bien sûr, je ne dis pas que c’est une solution pour sauver le snowboard de pipe, de dire que tous les événements devraient se tenir sur des parcours qui ont plus de bosses et de bowls qu’un couloir à Chamonix. Mais, je crois qu’offrir aux riders des terrains qui les stimulent autant qu’ils nous stimulent, c’est la clé de la progression dans le snowboard. Si l’on propose cette transition vers les transitions un peu plus tôt aux nouveaux riders, je pense que ce sera une très bonne chose pour le snowboard. Allez, c’est notre vœux pour cette nouvelle année, que l’on te souhaite pleine de gros shred bien poudreux, au passage!

Une bonne indication visuelle du genre de terrain, varié et étroit, que les riders doivent négocier au Sudden Rush Banked Slalom à Laax. Dani Rietmann l'a très bien géré. Photo: Sam Oetiker

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